Matériaux
Un mur en terre au pied mouillé : ce que la bauge supporte
Un mur en terre ou en torchis dont le pied s'effrite est rarement perdu : ce que la bauge encaisse, le seuil où elle lâche, et le ciment à éviter.

Un mur en terre dont le pied s'effrite ou reste sombre n'est presque jamais un mur perdu. La terre crue — bauge, torchis, pisé — ne se dégrade pas parce qu'elle est humide, mais parce qu'elle est restée humide sans pouvoir sécher, ou parce qu'elle a été lessivée par une eau qui coule toujours au même endroit. Tant que la matière reste ferme sous l'ongle, tant que le grattage ramène une poudre serrée et non une pâte, le mur a gardé sa cohésion. Ce qui doit être réparé, c'est ce qui amène l'eau : un soubassement enterré, un enduit ciment qui piège, un sol remonté, une descente d'eau qui déverse au pied.
Le second point est plus rude à entendre : sur ces murs, la faute la plus répandue n'est pas l'humidité, c'est la réparation. Un ragréage au mortier de ciment, un enduit hydrofuge, une plinthe étanche, une injection de résine — chacun de ces gestes renvoie l'eau vers la terre encore saine et transforme un pied qui s'effrite en un pied qui se creuse. Le seuil au-delà duquel un mur de terre est réellement compromis existe, et il se décrit précisément. Il est bien plus haut que ce que la plupart des propriétaires imaginent, et bien plus vite atteint sur un mur mal réparé que sur un mur laissé nu.
Pourquoi un mur de terre tient : l'argile, l'eau et le point de bascule
La terre crue n'est ni cuite ni prise chimiquement. Sa cohésion vient de l'argile, qui lie entre eux les grains de sable, les graviers et les fibres végétales. L'argile colle parce que ses feuillets microscopiques sont maintenus les uns contre les autres par l'eau qu'ils retiennent : ni sèche à l'os, ni détrempée, mais dans un état intermédiaire stable.
Cette cohésion est réversible. Un mortier de ciment qui a pris ne redevient jamais pâte ; un mur de terre, si. Ajoutez assez d'eau et il redevient boue. Laissez-le sécher et il redevient dur. C'est cette réversibilité qui inquiète les propriétaires — et c'est elle qui, bien comprise, rend ces murs réparables presque indéfiniment avec la matière d'origine, là où une maçonnerie liée au ciment ne se répare qu'en démolissant.
Le point de bascule ne se situe pas à la première goutte. Un mur de terre massive de forte épaisseur absorbe des quantités d'eau considérables sans perdre sa portance, à condition que cette eau reparte. Ce qui le détruit, c'est le franchissement de la limite au-delà de laquelle son argile passe de l'état plastique à l'état liquide : les feuillets glissent les uns sur les autres et la matière flue sous la charge. Sur un mur, cela se voit à une chose très concrète — la terre ne s'effrite plus, elle se déforme et se ferme sous le doigt comme de la pâte à modeler.
Bauge, torchis, pisé : trois mises en œuvre, une seule vulnérabilité
La bauge est une terre argileuse mélangée à des fibres — paille, foin, poils d'animaux — montée en levées épaisses, sans coffrage, à la fourche puis parée à l'outil quand la levée a raffermi. Le mur est porteur : c'est lui qui reçoit la charge des planchers et de la charpente. Épaisseur importante, aucun squelette interne : la bauge ne supporte pas qu'on lui retire de la matière au pied, parce qu'il n'y a rien derrière pour reprendre l'effort.
Le torchis, lui, n'est pas porteur. C'est un remplissage : une terre plus fine, très fibrée, appliquée sur un lattis, des éclisses ou des quenouilles fichées entre les bois d'un pan de bois. Ce qui porte, c'est le colombage. Un torchis dégradé est d'abord un problème de clos et de couvert, pas de structure — sauf lorsque son humidité a fini par attaquer les bois eux-mêmes, et en premier lieu la pièce basse.
Le pisé est une terre peu argileuse, damée par lits successifs dans un coffrage. Il est porteur comme la bauge et plus sensible encore au ruissellement concentré, parce que les lits de damage offrent à l'eau des plans préférentiels où circuler.
Trois familles, trois logiques — mais un seul point faible commun : la zone basse, celle qui reçoit à la fois l'eau du sol et l'eau qui rebondit.
Ce qu'un mur de terre encaisse sans dommage
Un mur de terre correctement protégé accepte, année après année, sans que sa cohésion en souffre :
- une humidité de fond permanente dans son pied, tant qu'elle reste au-dessous de la saturation et qu'elle s'évapore par les deux faces ;
- des cycles saisonniers marqués — plus humide en hiver, franchement sec en fin d'été — avec un décalage de plusieurs semaines sur les variations extérieures ;
- des pluies battantes sur son enduit de terre ou de chaux, qui mouillent la peau du mur sur quelques centimètres et repartent en séchant ;
- des variations dimensionnelles très faibles, sans commune mesure avec ce que le retrait-gonflement d'un sol argileux impose au niveau des fondations ;
- un sol de terre battue à l'intérieur, qui participe aux échanges au lieu de les bloquer.
Ce qu'il n'encaisse pas tient en trois lignes : l'eau qui coule en filet toujours au même endroit, l'eau qui stagne contre lui, l'empêchement de sécher. Tout le reste en découle.
Pourquoi le pied est le seul point vraiment vulnérable
Un mur de terre en élévation, protégé par un débord de toiture et un enduit perméable, traverse deux siècles sans que personne s'en occupe. Le pied, lui, cumule quatre sollicitations que le reste du mur ignore.
D'abord le rejaillissement. La pluie qui tombe sur une surface dure au pied du mur — pavage, béton, terrasse, dalle de cour — ne s'arrête pas là : elle rebondit et frappe le bas de la façade en gouttelettes chargées de sable. Cette bande basse est mouillée bien plus souvent que le reste du mur, et lavée mécaniquement à chaque averse. Sur un enduit de terre, cela donne d'abord un décrochement discret, puis une saignée horizontale nette, à hauteur constante.
Ensuite l'apport par le sol. Un mur ancien n'a généralement aucune coupure de capillarité. L'eau du sol monte dans la maçonnerie du soubassement, puis, si rien ne l'arrête, atteint la terre. Ce n'est pas dramatique en soi tant que la face extérieure sèche à la même vitesse : la hauteur de la frange humide se stabilise et n'évolue plus. Cela le devient dès qu'un enduit imperméable ou un doublage empêchent l'eau de repartir.
Puis l'eau concentrée. Une descente d'eau pluviale qui déverse au pied, un dauphin cassé, un trop-plein mal orienté, une gouttière débordante : la même averse qui mouille sans dommage cinquante mètres carrés de façade devient destructrice quand elle est ramenée sur trente centimètres de mur. C'est ce qui creuse les cavités qu'on voit parfois sous une descente, et rien d'autre.
Enfin les infiltrations par ressaut : l'eau qui ruisselle sur le mur au-dessus vient buter sur une plinthe ciment, un enduit rapporté plus épais ou une plaquette de parement, et s'infiltre derrière au lieu de tomber au sol.
Le mur qui ne sèche plus : le vrai mécanisme de ruine
Un mur de terre ne meurt pas d'être mouillé. Il meurt de ne pas pouvoir sécher. Un pied de mur qui prend l'eau en hiver et la rend au printemps peut faire cela cent fois. Un pied de mur qui prend l'eau et la garde ne fait qu'un cycle : le dernier.
Ce qui empêche le séchage est presque toujours ajouté par la main de l'homme — un enduit ciment extérieur, une peinture filmogène, un carrelage collé en plinthe, un doublage isolé côté intérieur, un remblai monté contre le mur, une terrasse qui recouvre la base. Le mur se retrouve avec une entrée d'eau et aucune sortie. La teneur en eau grimpe, franchit le point où l'argile ne colle plus, et la matière commence à fluer.
Ce mécanisme n'est pas propre à la terre : il vaut pour toutes les maçonneries anciennes, et il est décrit pour le cas général dans pourquoi un enduit étanche en soubassement aggrave toujours la situation. Il est simplement plus rapide sur la terre, parce que la terre n'a aucune résistance propre à l'eau : elle ne compte que sur son architecture — un socle qui l'éloigne du sol, un chapeau qui la couvre, une peau qui respire.
Le soubassement de pierre : ce qu'il fait, et ce qui arrive quand on y touche
Aucun mur de terre ancien n'est monté à même le sol. Il repose sur un soubassement — moellons, silex, grès, brique selon la région — hourdé le plus souvent au mortier de terre ou de chaux maigre. Ce soubassement n'est pas un socle décoratif. Il remplit trois fonctions distinctes.
Il éloigne la terre de la zone de rejaillissement. C'est sa fonction première, et c'est elle qui commande sa hauteur : le bâtisseur montait le soubassement assez haut pour que les gouttes qui rebondissent frappent la pierre et non la terre. Cette hauteur varie selon la nature du sol devant le mur et l'exposition à la pluie ; elle n'a jamais été choisie au hasard, et c'est pourquoi la réduire a des conséquences immédiates.
Il ralentit la remontée d'eau. La pierre hourdée à la chaux maigre ou à la terre offre une épaisseur de transition où l'eau s'évapore avant d'atteindre le matériau sensible. Le soubassement est un sacrifice organisé : il prend l'eau à la place de la terre, et il se répare.
Il encaisse les chocs et l'usure. Une brouette, un coup de bêche, un animal, un débroussailleur : la zone la plus exposée mécaniquement est aussi la plus basse.
Les trois altérations de soubassement qui condamnent un mur de terre
Les désordres graves sur un mur de bauge ou de torchis viennent presque toujours d'une modification du soubassement, pas du mur lui-même.
Le déchaussement par lessivage des joints. Le mortier de terre ou de chaux maigre part progressivement, sous l'effet du ruissellement et du gel. Le mur perd ses cales, les pierres se déjointent, l'eau circule dans l'épaisseur et arrive plus haut qu'avant. La reprise consiste à rejointoyer avec un mortier au moins aussi souple que l'original — jamais plus dur.
Le rejointoiement au ciment. L'inverse du précédent, et pire. Un joint ciment ne laisse plus l'eau sortir par le joint : elle sort par la pierre, qui se délite, ou elle monte plus haut dans le mur jusqu'à atteindre la terre. Le soubassement cesse alors de jouer son rôle de sacrifice et devient un conducteur.
L'enfouissement du soubassement. Un enrobé refait plus haut, un massif de terre végétale ajouté, une terrasse, un remblai de lotissement : le soubassement conserve sa hauteur maçonnée mais perd sa hauteur utile. Le rejaillissement se produit désormais directement contre la terre. C'est le désordre le plus courant, le plus banal en apparence, et le plus rapidement destructeur — le cas du terrain monté contre le mur est traité dans la terre montée contre le mur, le désordre qu'on fabrique en jardinant.
Il existe une quatrième situation, moins fréquente mais lourde : la reprise en sous-œuvre mal conduite, où l'on a coulé un massif béton sous une portion de mur de bauge. Le béton ne capillarise pas comme la pierre, mais il crée une discontinuité de raideur et une zone froide en pied ; l'eau se concentre à la jonction, et la terre s'y creuse en gorge, exactement là où la charge est la plus forte.
Le seuil : distinguer un mur encore sain d'un mur qui a perdu sa cohésion
C'est la question qui amène ici la plupart des lecteurs : mon mur est-il récupérable ? Il n'existe pas d'appareil qui réponde. Un humidimètre à pointes donne sur la terre des valeurs incomparables à celles d'un plâtre ou d'une brique, et il réagit surtout aux sels dissous. Ce qui départage, ce sont des observations manuelles, faites en plusieurs points, de préférence en fin d'été, quand le mur est au plus sec de son cycle annuel.
Les signes qui départagent, à la main
Un mur encore sain se reconnaît à ceci :
- la matière est ferme sous l'ongle ; elle résiste, puis cède en poudre ou en petits éclats, mais elle ne se creuse pas ;
- le grattage ramène une poudre sèche et sableuse, où l'on distingue les grains, les fibres, parfois des brins de paille encore élastiques ;
- la dégradation est superficielle : un poinçon enfoncé bute rapidement sur une matière dure, à quelques centimètres ;
- le mur est d'aplomb ; un fil à plomb tendu depuis le haut montre une verticalité conservée, sans ventre au tiers inférieur ;
- les fissures, s'il y en a, sont fines, à bords émoussés, cachetées de poussière — donc anciennes et stabilisées ;
- aucun tassement récent n'est lisible sur les linteaux, les appuis ou le niveau des planchers.
Un mur qui a réellement perdu sa cohésion se reconnaît à ceci :
- la matière se ferme sous le doigt au lieu de s'effriter : elle est plastique, elle prend l'empreinte. C'est le signe le plus décisif de tous ;
- une cavité en gorge à la base, plus profonde en haut qu'en bas, souvent sous une descente d'eau ou derrière un enduit ciment décollé : le mur a été creusé et la charge repose sur une section réduite ;
- un ventre ou un renflement dans le tiers bas : le mur flue sous son propre poids ;
- une fissure qui s'ouvre en biais depuis le pied, à lèvre franche, avec de la matière fraîche au fond ;
- un enduit qui sonne creux sur de grandes plages et, derrière, une terre pulvérulente qui coule quand on ouvre ;
- des bois structurels touchés, sur un torchis : sablière basse spongieuse, pied de poteau qui s'enfonce sous la pointe d'un couteau.
La limite entre ces deux listes n'est pas un pourcentage d'humidité, c'est un état mécanique. Un mur de bauge peut être visiblement humide et parfaitement sain ; un autre peut paraître sec en surface et fluer derrière un enduit ciment. Seul le sondage tranche.
Avant de conclure que le matériau est perdu, quatre vérifications valent d'être faites, et elles ne coûtent rien. Sonder en plusieurs points de la longueur et à plusieurs hauteurs, pas seulement à l'endroit le plus laid : un mur de terre se dégrade rarement de façon uniforme, et la zone réellement creusée fait souvent moins d'un mètre de large. Faire le tour du bâtiment par temps de pluie, pour voir où l'eau arrive, où elle stagne et ce qui déverse. Ouvrir un enduit ciment sur une petite surface en pied, dans un angle discret : ce qu'on trouve derrière est plus informatif que tout ce qu'on observe en façade. Enfin, juger au bon moment — un mur épais met des mois à rendre son eau, et l'observer en mars n'a pas de sens ; les durées en jeu sont détaillées dans combien de temps un mur met à sécher, et pourquoi on attend.
Les réparations qui achèvent un mur de terre
Toutes les fautes classiques reposent sur la même intuition, fausse : puisque l'eau abîme le mur, il faut l'empêcher d'entrer. Sur un mur de terre, empêcher l'eau d'entrer par une face revient toujours à l'empêcher de sortir par cette même face.
Le ragréage au mortier de ciment. C'est le geste réflexe : la base s'effrite, on rebouche au ciment. Le résultat est double. Le ciment ne se lie pas durablement à la terre — les retraits et les dilatations n'ont rien de comparable — et il finit par se décoller en plaque. Surtout, tant qu'il tient, il ferme la sortie d'eau : la terre derrière se sature, et lorsque la plaque tombe elle emporte une matière devenue pulvérulente. Un pied réparé au ciment se dégrade plus vite qu'un pied laissé nu.
L'enduit hydrofuge, ou l'enduit d'assainissement mal employé. Un enduit dit d'assainissement a une fonction précise, sur un support minéral chargé en sels ; ce n'est pas un imperméabilisant, et il suppose un support qui n'a rien à voir avec de la terre crue. Posé sur de la bauge, il n'a ni l'accroche ni la logique qui lui conviennent.
La peinture, le vernis, la résine de façade. Même effet, en plus mince et plus rapide : la vapeur ne sort plus, la terre se charge, le film cloque et emporte la peau du mur en tombant.
L'injection de barrière chimique. Une injection suppose un support à porosité homogène dans lequel le produit diffuse et forme une barrière continue. La terre crue n'offre rien de tel : matériau hétérogène, fibré, sensible à l'eau du forage lui-même. Percer un mur de bauge porteur pour y injecter un fluide est une opération dont le rapport entre le bénéfice attendu et le risque encouru est mauvais.
Le doublage intérieur en plaque de plâtre sur ossature. Il masque le désordre et supprime la face de séchage intérieure. Sur un mur de terre, c'est l'un des rares gestes capables de détruire une matière saine en quelques saisons seulement.
La dalle béton coulée en rez-de-chaussée sans coupure ni périphérie drainée. L'eau qui passait auparavant par le sol de terre battue de la pièce ne trouve plus qu'une issue : le mur. C'est un cas de figure très fréquent dans les longères transformées.
Un dernier point, souvent négligé : le gel. Une terre saturée qui gèle éclate en feuillets. Sur un pied de mur exposé au nord et mal ressuyé, la dégradation d'un seul hiver peut être spectaculaire alors que la matière était encore saine à l'automne. C'est une raison de plus pour ne jamais laisser un pied de mur de terre entrer dans l'hiver gorgé d'eau, et pour ne pas enduire en fin de saison une reprise qui n'aura pas le temps de sécher.
Ce qu'on répare, et dans quel ordre
L'ordre compte davantage que la technique. Réparer la terre avant d'avoir supprimé la cause revient à refaire le même travail dans trois ans, avec un mur en moins bon état.
1. Couper l'arrivée d'eau. Descentes d'eau raccordées et rejetées loin du mur, gouttières dégagées, seuils et appuis munis d'un rejet, remblai décaissé jusqu'à retrouver la hauteur de soubassement d'origine, surface au pied du mur mise en pente vers l'extérieur et rendue perméable si possible.
2. Rouvrir les faces de séchage. Déposer les enduits ciment, les peintures filmogènes, les plinthes étanches, les doublages plaqués contre le mur. Cette dépose se fait à la main, au burin et à la massette — jamais à la disqueuse ni au marteau électrique sur une bauge, car la vibration désolidarise la matière saine sur plusieurs centimètres de profondeur.
3. Laisser sécher. C'est l'étape que tout le monde saute. Un mur épais rouvert met des mois, parfois plus d'un cycle annuel, à revenir à un état stable. Enduire trop tôt, c'est enfermer, et recommencer.
4. Reprendre la maçonnerie de soubassement. Rejointoiement au mortier de chaux naturelle maigre ou au mortier de terre selon l'existant, remplacement des pierres délitées, rétablissement de la hauteur utile au-dessus du sol fini.
5. Réparer la terre avec de la terre. Un mur de bauge se répare par retaille de la zone dégradée jusqu'au sain, puis remplissage par mottes ou par blocs de terre crue montés au mortier de terre, ou par garnissage d'une terre fibrée en plusieurs passes, avec un temps de séchage entre chacune. Un torchis se répare de la même manière : lattis ou éclisses rétablis, terre fibrée garnie des deux côtés, dressée à la main.
6. Enduire, si nécessaire, avec ce qui laisse passer. Enduit de terre, ou enduit de chaux aérienne dosé maigre, en couches de plus en plus fines et de plus en plus faibles vers l'extérieur. Jamais un enduit plus dur que son support. La logique du choix d'un enduit en zone basse est développée dans quel enduit au pied du mur : pourquoi ce n'est pas celui du haut.
Une reprise conduite dans cet ordre a une propriété que les traitements étanches n'ont pas : elle reste réparable. La zone reprise peut être rouverte, regarnie, réenduite, sans que rien ne soit à démolir.
Faire chiffrer une reprise de pied de mur en terre
Aucun montant n'est annoncé ici, et pour une raison simple : deux pieds de mur en bauge de même longueur peuvent différer du tout au tout selon la profondeur de la reprise, l'accessibilité, l'étaiement nécessaire et la disponibilité d'une terre compatible. Ce qui se décrit, en revanche, c'est la structure du prix — et c'est elle qui permet de comparer deux propositions.
Les postes qui doivent apparaître séparément :
- le diagnostic et les sondages : ouverture d'enduit, mesure de la profondeur dégradée, relevé des arrivées d'eau. Un devis qui chiffre une reprise sans avoir ouvert nulle part chiffre une hypothèse ;
- les travaux d'assainissement extérieur : décaissement du remblai, reprise des évacuations, traitement du pourtour. Ils précèdent la maçonnerie et se chiffrent à part ;
- la dépose : surface d'enduit à retirer, mode de dépose, évacuation. La dépose manuelle coûte du temps, et c'est normal ;
- l'étaiement, s'il y en a. Une reprise en pied de bauge porteuse sur une hauteur significative impose de reprendre la charge. Un devis muet sur ce point, devant un mur porteur creusé, mérite une question ;
- la fourniture de terre : terre du site retamisée, terre d'emprunt, blocs de terre comprimée, mortier de terre prêt à l'emploi. La provenance et la nature doivent être écrites, parce qu'une terre trop argileuse fissure et qu'une terre trop sableuse ne tient pas ;
- la main-d'œuvre par phase, avec les temps de séchage entre passes. Un devis honnête sur la terre annonce une durée de chantier qui inclut de l'attente ;
- la finition : nature de l'enduit, nombre de couches, dosage, aspect de surface.
Pour obtenir un chiffre réel, la seule voie est de faire venir sur place, avec le mur ouvert en un ou deux points, des artisans qui pratiquent effectivement la terre — la question à poser étant : sur quels chantiers de bauge ou de torchis avez-vous travaillé, et avec quelle terre. La manière de faire préciser les lignes d'un devis est développée dans devis de traitement d'humidité : les lignes à faire préciser. Si le bâtiment se trouve dans un périmètre protégé ou soumis à des prescriptions particulières, cela se vérifie en mairie avant d'engager la moindre dépense.
Ce qui doit faire hésiter dans une proposition
- Un devis qui propose une injection, un cuvelage ou un enduit hydrofuge sur un mur de terre, sans avoir sondé nulle part.
- Un devis qui traite la terre comme une maçonnerie ordinaire et prévoit un « ragréage » ou une « reprise au mortier » sans autre précision.
- Un devis sans aucune ligne consacrée à la cause extérieure de l'humidité : il répare le symptôme et le laissera revenir.
- Une intervention qui promet un résultat visible immédiat sur un mur épais. Le séchage d'une masse de terre n'obéit à aucune promesse commerciale.
- Un interlocuteur qui n'a pas de réponse à la question de la provenance de la terre de reprise.
Questions fréquentes
Mon mur en bauge s'effrite au pied : est-il perdu ?
Presque jamais, tant que la matière reste ferme sous l'ongle et que la dégradation est superficielle. Un effritement pulvérulent signale un mur qui perd son enduit et sa peau, pas sa portance. Le mur devient réellement inquiétant lorsque la matière se ferme sous le doigt comme de la pâte, lorsqu'une cavité en gorge s'est creusée sous la charge, ou lorsqu'un ventre apparaît dans le tiers bas. Ces trois signes justifient de faire venir quelqu'un rapidement ; l'effritement seul justifie surtout de chercher d'où vient l'eau.
Peut-on reboucher un mur de terre au ciment, même sur une petite surface ?
Non, y compris ponctuellement. Le ciment ne se lie pas durablement à la terre, il se décolle en emportant son support, et tant qu'il tient il empêche l'eau de sortir juste derrière. Un rebouchage au ciment crée un point de saturation local, souvent plus destructeur qu'un trou laissé ouvert. La réparation d'attente acceptable, c'est un bouchage temporaire au mortier de terre, ou une protection mécanique qui écarte l'eau du mur sans être collée dessus.
Faut-il un soubassement en pierre pour un mur de terre, ou peut-on faire autrement ?
La fonction compte plus que le matériau : il faut que la terre soit tenue au-dessus de la zone de rejaillissement et à l'écart de l'eau qui stagne. Historiquement, cette fonction est remplie par de la pierre ou de la brique. Sur un mur existant, la question n'est généralement pas d'ajouter un soubassement mais de rendre au soubassement existant sa hauteur utile, en décaissant ce qui l'a enterré. Rehausser un mur de bauge porteur n'est en revanche pas une opération de propriétaire.
Un mur de torchis humide met-il la charpente en danger ?
Pas directement : le torchis n'est pas porteur. Le risque passe par les bois du pan de bois qu'il enserre, en particulier la sablière basse et les pieds de poteaux, en contact avec la zone humide. Un torchis chroniquement mouillé entretient une humidité permanente dans ces bois, avec un risque de pourriture puis d'attaque fongique. C'est la fermeté de ces bois bas, testée à la pointe d'un couteau, qui décide de l'urgence — pas l'aspect du remplissage.
Combien de temps un mur de terre met-il à sécher une fois la cause supprimée ?
Longtemps, et aucune date ne peut être promise. L'ordre de grandeur se compte en mois pour une paroi mince et en cycles annuels pour une bauge épaisse : le mur doit rendre son eau par évaporation à travers toute sa masse, et la vitesse dépend de l'épaisseur, de l'exposition, de la ventilation et de la saison où l'on a commencé. Le bon repère n'est pas une durée mais un état : on réenduit quand la surface reste sèche et claire après plusieurs jours sans pluie, et quand un sondage en profondeur ne ramène plus de matière plastique.