Méthode
L'eau produite chez soi : douches, cuisson, linge et respiration
Une part de l'eau qui se dépose sur les murs a été fabriquée à l'intérieur. L'inventaire des sources d'un logement occupé, et comment mesurer les vôtres.

Quand un mur moisit, la première question qu'on se pose est « d'où vient l'eau ». Et l'on cherche presque toujours dehors : le terrain, la pluie, une fuite, une nappe. Or dans un grand nombre de logements, une part importante de l'eau qui se dépose sur les murs n'est pas entrée par les murs. Elle a été fabriquée à l'intérieur, par les occupants, dans la journée.
Cet article fait l'inventaire de ces sources et, surtout, explique comment mesurer les vôtres. Parce qu'il faut le dire d'emblée : les tableaux de « litres par jour et par personne » qui circulent partout ne vous apprennent rien sur votre logement. Ce qui vous concerne, ce n'est pas une moyenne nationale, c'est ce qui se passe chez vous.
Pourquoi les chiffres tout faits ne vous servent à rien
On lit régulièrement des valeurs précises attribuées à chaque geste : tant de litres par douche, tant par personne et par nuit, tant pour une lessive étendue. Ces valeurs ont une origine — des mesures faites dans des conditions précises — mais elles ne se transportent pas chez vous, pour trois raisons.
Elles dépendent entièrement des conditions. L'eau qui part dans l'air d'une pièce dépend de la température de la pièce, de son taux d'humidité de départ, de la ventilation, de la surface offerte, de la durée. Le même linge étendu dans une buanderie ventilée ou dans une chambre fermée ne charge pas l'air de la même façon.
Elles ne disent rien du sort de cette eau. Ce qui compte n'est pas la quantité produite, mais la différence entre ce qui est produit et ce qui est évacué. Un logement qui produit beaucoup et ventile bien va mieux qu'un logement qui produit peu et ne ventile pas du tout.
Elles mélangent des ménages incomparables. Nombre d'occupants, horaires, présence d'un sèche-linge, mode de cuisson, chauffage d'appoint, animaux, plantes : deux foyers dans deux appartements identiques peuvent avoir des bilans très différents.
Le principe qui vaut sur ce site s'applique ici comme ailleurs : un chiffre lu quelque part ne vaut rien s'il n'est pas comparé à quelque chose. Ce que nous allons chercher, ce sont donc des comparaisons — entre deux jours, entre deux pièces, entre avant et après un changement d'habitude — et des mesures que vous pouvez faire vous-même.
Le principe : ce qui s'évapore chez vous reste chez vous
Une règle unique gouverne tout ce qui suit. Toute eau liquide qui s'évapore à l'intérieur d'un logement passe dans l'air de ce logement, et y reste jusqu'à ce que l'une de ces trois choses arrive : elle sort avec l'air renouvelé, elle est captée par un appareil, ou elle se dépose sur une surface froide.
Il n'y a pas de quatrième issue. Elle ne « disparaît » pas, elle ne se dilue pas indéfiniment. C'est pourquoi l'inventaire des sources n'a de sens qu'associé à l'inventaire des sorties, question traitée dans déshumidificateur, VMC ou fenêtre ouverte : ce qui assèche vraiment une pièce.
Et lorsqu'elle se dépose, elle choisit le plus froid. C'est le mécanisme qui explique la préférence des désordres pour les angles, les pieds de murs, les arrières de meubles : condensation ou humidité du mur, le test qui départage.
L'inventaire des sources, et comment mesurer les vôtres
Le linge qui sèche
C'est presque toujours la source la plus lourde, et la plus facile à mesurer, parce que l'eau part d'un objet qu'on peut peser.
Comment obtenir votre valeur : posez votre panier de linge sur un pèse-personne au sortir de la machine, notez la masse. Repesez le même linge une fois complètement sec, dans les mêmes conditions, avec le même panier. La différence, en kilogrammes, est exactement le nombre de litres d'eau que vous avez versés dans l'air de votre logement. Aucune estimation n'est nécessaire, et le résultat est le vôtre.
Faites-le une fois. Le nombre obtenu, rapporté au nombre de lessives par semaine, vous donnera une idée bien plus juste que n'importe quel tableau. Beaucoup de gens sont surpris par ce que révèle cette pesée.
Les douches et les bains
L'eau chaude en mouvement s'évapore abondamment, et le brouillard visible n'est que la partie déjà condensée : l'essentiel de la charge est invisible.
Comment observer votre situation : placez un hygromètre dans la salle d'eau, notez la valeur avant la douche, immédiatement après, puis à intervalles réguliers. Ce qui vous intéresse n'est pas le pic — il sera élevé quoi qu'il arrive — mais le temps que met la pièce à revenir à son état de départ. Un retour rapide signifie que l'extraction fait son travail. Un retour lent, ou une absence de retour, signifie que la vapeur part ailleurs dans le logement au lieu de sortir. Refaites la même observation porte ouverte et porte fermée, extraction en marche et à l'arrêt : vous saurez ce qui fonctionne.
La cuisson
Faire bouillir, mijoter, cuire à la vapeur libère de l'eau dans l'air. Une casserole sans couvercle transfère dans la pièce une partie de son contenu.
Comment mesurer : pesez une casserole d'eau, faites-la mijoter à découvert le temps habituel d'une préparation, repesez. La perte est passée dans l'air. Recommencez avec un couvercle : la différence entre les deux essais vous dit ce que vaut le geste du couvercle chez vous.
Les occupants
La respiration et l'évaporation par la peau sont continues, jour et nuit, et augmentent avec l'activité physique. Une chambre occupée par plusieurs personnes, porte fermée, reçoit toute la nuit un apport constant — c'est pourquoi les fenêtres de chambre sont embuées au réveil et les angles de chambre parmi les premiers à noircir.
Comment l'objectiver : relevez l'hygrométrie d'une chambre le soir au coucher et au réveil, plusieurs jours de suite, porte fermée puis porte entrouverte. L'écart entre les deux configurations est votre mesure.
Les appareils de chauffage à combustion non raccordés
Il faut insister sur celui-là, parce qu'il est mal connu. Brûler un combustible — pétrole lampant, gaz butane ou propane — produit de l'eau. C'est une conséquence directe de la réaction chimique : l'hydrogène du combustible se combine à l'oxygène de l'air et forme de la vapeur d'eau, qui est rejetée dans la pièce puisque l'appareil n'a pas de conduit.
Un chauffage d'appoint de ce type utilisé plusieurs heures par jour dans une pièce fermée peut à lui seul faire basculer un logement. Et il pose un second problème, celui-là dangereux : sans évacuation des produits de combustion, il consomme l'oxygène de la pièce et rejette du monoxyde de carbone si la combustion est incomplète. Ces appareils ne sont pas conçus pour un usage prolongé en local fermé.
Comment le vérifier chez vous : notez l'hygrométrie d'une pièce sur plusieurs jours avec l'appareil, puis sur plusieurs jours sans, à saison et à température comparables. L'écart est net.
Les plantes, les aquariums, les animaux
Une plante transpire l'eau qu'on lui donne : ce qui est versé dans le pot repart en grande partie dans l'air. Un aquarium ou un bassin d'intérieur évapore en permanence par sa surface libre. Un animal respire comme un occupant.
Comment mesurer : pour un aquarium, marquez le niveau d'eau et notez ce que vous devez ajouter chaque semaine pour le rétablir : c'est exactement l'eau partie dans l'air. Pour les plantes, l'arrosage hebdomadaire donne l'ordre de grandeur de ce qui repartira.
Le bâtiment lui-même
Un logement récemment construit, ou dans lequel on a coulé une chape, monté des cloisons, appliqué des enduits, contient une quantité d'eau de construction considérable qui met des mois à partir. Pendant cette période, le logement se comporte comme s'il abritait une source permanente. C'est une explication fréquente des désordres de première année, et elle est temporaire — à condition de ventiler. Le temps que met un ouvrage à rendre son eau, et pourquoi on ne peut pas l'annoncer à l'avance, est traité dans combien de temps un mur met à sécher.
Les sources involontaires
Un sèche-linge non raccordé à l'extérieur rejette dans la pièce toute l'eau qu'il retire du linge. Un lave-vaisselle qu'on ouvre en fin de cycle libère d'un coup une bouffée chargée. Une serpillière qui sèche, une baignoire pleine qui refroidit, un humidificateur laissé en marche par habitude : chacun est un petit apport, et leur somme n'est pas négligeable.
Faire son propre bilan, sans tableau tout fait
Voici la méthode la plus directe pour connaître l'ordre de grandeur global de votre production, sans aucun chiffre emprunté.
La méthode du déshumidificateur témoin. Faites fonctionner un déshumidificateur dans le logement, portes intérieures ouvertes, fenêtres fermées, pendant plusieurs journées consécutives et à conditions comparables. Videz et mesurez le réservoir chaque jour, à la même heure, en notant la température et l'hygrométrie. Le volume recueilli est une mesure directe, faite chez vous, de ce que votre logement contient d'eau en excès. Répétez l'opération une semaine où vous modifiez une seule habitude — le linge étendu dehors, par exemple — et comparez les volumes.
Cette méthode a deux vertus : elle ne demande aucune connaissance théorique, et elle produit un nombre que personne ne peut vous contester. Elle a une limite : elle mesure ce qui est disponible dans l'air à ce moment-là, ce qui inclut l'eau qui sort des murs si les murs en contiennent.
La méthode de l'hygromètre comparatif. Un appareil, plusieurs emplacements, des relevés à heure fixe, notés dans un carnet avec la date, la pièce, la température, et ce qui s'est passé dans la journée. Ce qui compte est la forme de la courbe et les écarts entre pièces, jamais la valeur isolée. Comment placer l'appareil et comment lire ce qu'il affiche : l'hygrométrie intérieure, ce que l'on mesure et ce que le chiffre veut dire.
La méthode de la semaine témoin. Choisissez une semaine ordinaire, notez tout : lessives, douches, cuissons, occupants présents, appareils utilisés, fenêtres ouvertes, chauffage. Puis modifiez un seul paramètre la semaine suivante. C'est artisanal, c'est fastidieux, et c'est ce qui produit les conclusions les plus solides, parce que vous seul disposez de cette information.
Où va cette eau quand elle ne sort pas
Une fois le bilan fait, la question devient : où se dépose l'excédent ?
Sur les surfaces froides visibles : vitres, tableaux de fenêtre, seuils, faïence, métal. C'est le dépôt utile, parce qu'on le voit et qu'on l'essuie.
Sur les surfaces froides poreuses : bas des murs, angles, plinthes, arrières de meubles. Là, l'eau est absorbée, elle nourrit des colonies, et elle ne s'essuie pas. C'est le cas décrit dans moisissures, ce qu'elles sont et ce qu'elles indiquent. Et ce n'est pas seulement une question de murs : les effets d'un air durablement chargé sur les occupants sont détaillés dans ce que l'air chargé fait au corps.
Dans les volumes non chauffés en contact avec le logement : combles, cave, placard adossé à un mur extérieur, coffre de volet roulant. La vapeur y migre et y condense, souvent sans que personne ne le voie pendant des années.
Dans l'épaisseur des parois, quand une isolation intérieure a déplacé le point froid derrière le doublage. C'est le désordre le plus discret et le plus coûteux : la condensation dans un mur isolé par l'intérieur.
Ce qui se règle par l'usage, et ce qui ne se règle pas
Il faut être honnête sur ce que peuvent les gestes quotidiens.
Ils peuvent beaucoup quand la production est concentrée sur une ou deux sources évitables : linge séché à l'intérieur dans une pièce fermée, chauffage d'appoint à combustion, extraction jamais utilisée, portes systématiquement closes. Dans ces cas, un changement d'habitude transforme la situation en une saison, sans aucun travaux.
Ils ne peuvent rien quand la source d'eau est dans le bâtiment : un mur qui prend l'eau du sol, une infiltration, une fuite. Un logement peut être exemplairement ventilé et rester humide parce que le mur alimente l'air en permanence. Vouloir régler par la ventilation un problème d'eau de maçonnerie revient à écoper sans fermer le robinet.
Ils peuvent aggraver quand on croit bien faire : fermer les entrées d'air pour ne pas avoir froid, calfeutrer une pièce inoccupée, arrêter le chauffage d'une chambre tout en gardant sa porte fermée. Le cas particulier du logement laissé vide pendant la mauvaise saison mérite son propre raisonnement : maison inoccupée l'hiver, faut-il chauffer, aérer ou tout fermer.
La bonne démarche est donc en deux temps : mesurer d'abord ce que vous produisez et ce qui sort, corriger ce qui est corrigible par l'usage, puis regarder ce qui reste. Ce qui reste, alors, est du ressort du bâtiment — et il sera beaucoup plus facile à identifier une fois que l'usage aura cessé de brouiller le tableau.
Questions fréquentes
Pourquoi ne donnez-vous pas de valeur en litres pour une douche ou une lessive ?
Parce qu'une valeur reprise ailleurs serait fausse chez vous, et qu'elle aurait l'apparence d'un fait. La quantité qui part réellement dans l'air dépend de la température, de la ventilation, de la durée, de la surface exposée, et de l'état de l'air au départ. Vous pouvez en revanche obtenir votre propre valeur en pesant votre linge avant et après séchage, ou en mesurant l'eau recueillie par un déshumidificateur : ces nombres-là sont vrais pour votre logement, et personne ne peut les contester.
Peut-on avoir un problème d'humidité en produisant peu d'eau ?
Oui, tout à fait, et c'est fréquent chez les personnes seules ou souvent absentes. Ce qui fait basculer un logement n'est pas la production dans l'absolu, mais le rapport entre production et évacuation, combiné à la présence de surfaces froides. Un logement très étanche, peu chauffé, sans ventilation efficace, peut poser problème avec une production faible. Inversement, une famille nombreuse dans un logement bien ventilé et bien chauffé peut n'avoir aucun désordre.
Le sèche-linge est-il une bonne solution contre l'humidité ?
Cela dépend entièrement du type. Un appareil à évacuation raccordé vers l'extérieur, ou un appareil à condensation dont le bac est vidé à l'évier, retire l'eau du logement : c'est favorable. Un appareil à condensation dont le bac déborde ou dont le condenseur est encrassé, ou un appareil à évacuation dont le tuyau se contente de souffler dans la pièce, réinjecte l'eau à l'intérieur : c'est très défavorable. Vérifiez où va l'eau, physiquement, avant de conclure.
Faut-il arrêter de faire sécher son linge à l'intérieur ?
Ce n'est pas toujours possible, et ce n'est pas la seule réponse. Ce qui aggrave n'est pas le séchage en soi, c'est le séchage dans une pièce fermée et peu chauffée, typiquement une chambre. Si vous devez sécher à l'intérieur, faites-le dans une pièce que vous pouvez ventiler activement pendant l'opération, avec l'extraction en marche s'il y en a une, porte fermée vers le reste du logement et air renouvelé vers l'extérieur. L'objectif est que l'eau sorte du logement, pas qu'elle se répartisse partout.
Un absorbeur d'humidité en pastilles règle-t-il le problème ?
Il capte une petite quantité d'eau dans un volume limité, et il a un usage réel : une penderie, un placard fermé, un camping-car, un logement fermé quelques semaines. Il ne peut pas traiter le bilan d'une pièce occupée, parce que la production quotidienne d'un foyer est sans commune mesure avec sa capacité. Le voir se remplir vite n'est pas la preuve qu'il travaille utilement : c'est la preuve que l'air est chargé, ce qui est une information, pas une solution.
Comment savoir si mon problème vient de l'usage ou du bâtiment ?
Par une absence. Fermez la maison, coupez les sources internes en partant en vacances hors saison de chauffe, et laissez un hygromètre enregistrer, ou placez des témoins visuels sur les murs. Si l'humidité redescend et que les murs sèchent, l'usage était en cause. Si le mur reste chargé alors que plus personne ne produit d'eau, la source est dans le bâtiment. C'est aussi la logique du test de la feuille d'aluminium collée sur le mur, qui distingue une eau venue de l'air d'une eau venue de la maçonnerie, et que décrit l'article consacré au test en quarante-huit heures.