Diagnostic
Moisissures : ce qu'elles sont, ce qu'elles indiquent, comment les traiter
Une tache noire n'est pas un problème de propreté. C'est un relevé : elle dit où la paroi est froide et où l'air ne circule pas.

Ce qu'est une moisissure
Une moisissure est un champignon filamenteux. Elle n'a ni racines, ni feuilles, ni chlorophylle : elle ne fabrique pas sa matière, elle la prélève sur son support.
Elle se compose d'un réseau de filaments très fins, le mycélium, qui colonise la surface et pénètre dans les premiers dixièmes de millimètre d'un matériau poreux. Ce réseau est en général invisible à l'œil nu au début. Ce que l'on voit apparaître, plus tard, ce sont les organes de reproduction : des amas de spores, colorés, qui donnent à la tache sa teinte et son aspect duveteux ou poudreux.
Les spores, elles, sont partout. Elles circulent dans l'air, elles se déposent sur toutes les surfaces, elles entrent par les fenêtres et sur les vêtements. Aucun logement n'en est exempt, et aucun traitement ne les supprime durablement de l'air.
Cette évidence a une conséquence pratique considérable, et c'est le premier point de l'article : le problème n'est jamais la présence de spores, c'est la présence des conditions qui leur permettent de germer. On ne combat pas des spores. On supprime des conditions.
Ce qu'il faut pour qu'une colonie s'installe
Quatre conditions, et il suffit d'en supprimer une.
De l'eau disponible en surface. C'est la condition déterminante, et la seule sur laquelle on agit vraiment.
Un support nutritif. Poussière, colle de papier peint, liant de peinture, carton de plaque de plâtre, bois, textile, savon, résidus gras d'une cuisine. Un support minéral nu et propre nourrit mal ; un support minéral empoussiéré nourrit très bien. La saleté n'est pas la cause du désordre, mais elle en est un accélérateur.
Une température tempérée. Celle d'un logement chauffé convient parfaitement. Le froid ralentit, il ne tue pas. Une cave fraîche se colonise très bien.
De l'air calme. Un air immobile laisse s'établir, au contact de la paroi, une couche plus froide et plus chargée que le reste de la pièce. C'est dans cette couche que tout se joue. Un léger mouvement d'air la détruit en permanence, et c'est pourquoi la ventilation agit si fortement.
L'eau de la surface, pas l'humidité de l'air
C'est la notion la plus importante de l'article, et celle qui explique presque toutes les situations que l'on nous décrit comme incompréhensibles.
Ce qui compte pour une moisissure, ce n'est pas l'humidité relative de l'air au milieu de la pièce. C'est la quantité d'eau réellement disponible à la surface du matériau, là où le filament pousse. On parle d'activité de l'eau en surface.
Or ces deux grandeurs peuvent diverger complètement. L'air d'une pièce peut être raisonnablement sec au centre, et la couche d'air plaquée contre un angle froid être saturée. Un matériau poreux peut avoir capté de l'eau la nuit et la garder toute la journée. Une surface légèrement grasse retient un film d'eau invisible.
De là trois conséquences que l'on constate tous les jours.
Une pièce dont l'hygromètre affiche des valeurs normales peut développer des colonies dans ses angles : l'appareil ne mesure pas ce qui se passe contre la paroi.
Une pièce peut être colonisée sur un seul mur, celui qui est froid, et parfaitement saine sur les trois autres : l'air y est le même, la surface non.
Enfin, une colonie n'a pas besoin de gouttes visibles. Un film d'eau microscopique, entretenu quelques heures par jour pendant des mois, suffit. C'est pourquoi tant de propriétaires jurent, en toute bonne foi, que le mur n'a jamais été mouillé.
Les moisissures noires poudreuses des angles froids
Aspect : taches sombres, gris foncé à noir, souvent piquetées de points minuscules qui finissent par se rejoindre, surface mate et poudreuse plutôt que duveteuse. Elles s'essuient facilement quand la peinture est lisse, et laissent une trace grise. Sur un support poreux, elles marquent en profondeur et ne partent plus.
Localisation typique : angles de deux murs extérieurs, angle bas où trois surfaces se rejoignent, jonction du mur et du plafond, tableaux de fenêtre, derrière une armoire plaquée contre un mur froid, arrière d'une tête de lit.
Signification : une paroi plus froide que le reste de la pièce, dans un air calme. C'est le motif le plus fréquent en logement chauffé, et c'est un problème thermique et aéraulique avant d'être un problème d'humidité.
Les moisissures vertes et duveteuses des supports gorgés
Aspect : plages vertes, parfois bleutées ou olive, à texture veloutée et à relief net, avec souvent une bordure blanche là où la colonie progresse. Elles se développent vite, en quelques jours, et changent d'aspect au fil de leur croissance.
Localisation typique : matériaux réellement gorgés d'eau. Un plafond après une fuite, un bas de cloison dont la plaque a bu, un placard collé sur un mur nord, un objet en cuir ou en cuir synthétique oublié dans une pièce fermée, du pain et des denrées — c'est la même famille de phénomènes.
Signification : ce n'est plus un film d'eau de surface, c'est un matériau chargé. On cherche une source d'eau, pas un pont thermique.
Les moisissures blanches cotonneuses des caves et des bois
Aspect : voile blanc, aspect coton ou toile d'araignée, très léger, parfois avec des filaments visibles qui rampent sur le support. Elles se détachent d'un souffle au début. Certaines forment de fines aiguilles.
Localisation typique : caves, vides sanitaires, celliers, sous-faces de plancher bois, solives, coffrages, meubles remisés, cartons stockés au sol, dessous d'escalier.
Signification : air stagnant, température fraîche et stable, humidité permanente. Ce n'est pas une pièce mal chauffée, c'est un volume qui n'est jamais renouvelé.
Une réserve importante : sur du bois, un voile blanc doit toujours conduire à regarder de plus près. Une moisissure blanche vit en surface et disparaît quand le bois sèche. Un champignon lignivore, lui, s'installe dans la matière. Nous y revenons plus bas.
Les taches roses ou orangées des salles d'eau
Aspect : dépôt rose saumon, orangé ou corail, gras au toucher, se formant en traînées le long des écoulements et dans les joints, se réinstallant très vite après nettoyage.
Localisation typique : joints de carrelage de douche, rebord de baignoire, pourtour de bonde, réservoir, rideau de douche, angle bas d'une paroi de douche.
Signification : eau liquide en permanence, résidus de savon comme support nutritif, surface tiède et non essuyée. C'est un problème d'usage et d'assèchement après usage plus qu'un problème de bâtiment. Essuyer la paroi après la douche et laisser la pièce se vider de sa vapeur suffit le plus souvent.
Les voiles gris sur les joints et les silicones
Aspect : grisaillement diffus qui s'installe dans la masse d'un joint souple, ponctué de petits points noirs impossibles à retirer. Le joint reste intact mécaniquement mais il est marqué à cœur.
Localisation typique : joints souples de salle d'eau et de cuisine, jonction du plan de travail et de la crédence, pourtour d'évier, jonction bac de douche et carrelage.
Signification : eau retenue durablement à un endroit qui ne sèche jamais. Un joint souple colonisé à cœur ne se nettoie pas : il se dépose et se refait, après avoir corrigé ce qui retient l'eau.
Ce qui n'est pas une moisissure : les efflorescences salines
C'est la confusion la plus fréquente, et elle envoie régulièrement les propriétaires vers le mauvais traitement.
Une efflorescence est un dépôt de sels minéraux. L'eau qui traverse la maçonnerie dissout les sels qu'elle rencontre, les amène jusqu'au front d'évaporation, puis s'évapore en les abandonnant sur place.
Comment la reconnaître, sans matériel.
- La couleur : blanche ou très légèrement teintée, jamais franchement noire ni verte.
- La texture : cristalline, granuleuse, parfois floconneuse ou en petites aiguilles, mais toujours minérale. Rien de duveteux, rien de velouté.
- Le comportement : elle se brosse à sec et tombe en poudre. Une moisissure s'étale et laisse une trace.
- Le lieu : elle apparaît en partie basse, à hauteur du front d'évaporation, sur la maçonnerie et l'enduit. Une moisissure préfère les angles et les parties hautes.
- La récidive : elle revient au même endroit après nettoyage, parce que le sel est dans le mur, pas sur le mur. C'est sa signature.
- L'eau : humidifiez légèrement. Une efflorescence se dissout et disparaît provisoirement ; une moisissure ne bouge pas.
Les deux peuvent coexister sur le même mur, à des hauteurs différentes : sels en bas, moisissures plus haut. C'est même un tableau très courant sur bâti ancien, et il indique deux causes distinctes qui appellent deux corrections distinctes.
Ce qui n'est pas une moisissure : l'algue verte des façades
Sur une façade extérieure, un voile vert uniforme, lisse, qui verdit davantage après la pluie et pâlit au soleil, n'est en général pas une moisissure : ce sont des algues, ou des mousses lorsqu'il y a du relief.
Elles poussent sur les façades exposées au nord, sous les débords insuffisants, dans les zones ombragées par la végétation, sur les enduits rugueux qui retiennent l'eau, et en pied de mur là où les projections mouillent régulièrement.
Elles ne dégradent pas la maçonnerie par elles-mêmes, mais elles la maintiennent humide plus longtemps, ce qui compte sur un pied de mur. Le traitement utile n'est pas un produit : c'est la suppression de la cause du mouillage prolongé — élaguer, rétablir un rejet d'eau, dégager le pied de mur, revoir un débord.
Ce qui n'est pas une moisissure : les champignons lignivores
Il faut en parler clairement, parce que le mot fait peur et parce que la distinction est réelle.
Les champignons lignivores attaquent le bois lui-même. Ils en consomment la matière, ce qui entraîne une perte de résistance mécanique. Le bois se fend en cubes ou se délite selon l'espèce, il s'assombrit ou se décolore, il s'écrase sous la pointe d'un outil. Certains développent des cordons et des voiles capables de progresser sur la maçonnerie et de traverser une paroi pour atteindre un autre bois.
Ce qui doit alerter, dans une cave, un vide sanitaire, sous un plancher ou derrière un lambris : une odeur de champignon très marquée, un bois qui s'enfonce sous une pointe, des cubes de retrait, des cordons ou des voiles blancs à roussâtres qui s'étendent au-delà du bois, des déformations de plancher.
Ce n'est plus le sujet de cet article, et ce n'est pas un problème de nettoyage. Cela relève d'un examen spécifique, parce que c'est la structure qui est en cause. La seule chose commune avec les moisissures est la cause première : de l'eau, de la durée et un volume non ventilé.
Colonie active ou trace morte
Une question simple, souvent posée, rarement tranchée correctement.
Une colonie active a du relief, même faible. Elle présente une bordure de progression plus claire ou plus dense. Sa teinte est franche. Le support est frais au toucher. Elle se reforme après nettoyage dans un délai court. Une odeur est perceptible à proximité.
Une trace morte est plate, mate, sans bordure, souvent grisâtre et uniforme. Elle est incrustée dans le support. Le support est sec. Elle ne revient pas après nettoyage.
La méthode la plus fiable ne coûte rien : nettoyez, séchez, photographiez au même cadrage, datez, et attendez. Ce qui revient est actif. Ce qui ne revient pas était une trace. C'est plus lent qu'un avis donné en regardant le mur, et c'est beaucoup plus sûr.
Attention toutefois à la saison. Un désordre d'hiver ne se juge pas en juillet. Une absence de récidive en été ne prouve rien du tout.
La cartographie : lire la position
Voici l'idée centrale de cet article. Une moisissure ne s'installe pas où c'est sale. Elle s'installe où la surface est froide et où l'air ne bouge pas. Sa position est donc un relevé de température et de circulation d'air, dessiné gratuitement sur votre mur.
Apprenez à lire ce relevé avant de l'effacer.
- Angle de deux murs extérieurs : point froid par géométrie, la surface de déperdition étant plus grande que la surface d'échange avec la pièce. Motif triangulaire ou en coin, souvent symétrique.
- Angle bas où trois surfaces se rejoignent : même cause, aggravée par l'air froid qui s'accumule au sol.
- Jonction du mur et du plafond : plancher haut ou dalle traversant l'isolation, ou comble insuffisamment isolé au droit du mur. Motif en bande horizontale régulière.
- Tableau et appui de fenêtre : maçonnerie plus mince, isolant interrompu. Motif en encadrement.
- Bande verticale au milieu d'un mur : montant d'ossature, plot de colle, ancienne souche, canalisation encastrée. Motif rectiligne, souvent répété à espacement constant.
- Derrière un meuble, un placard, une tête de lit : la paroi est privée de la chaleur et du mouvement d'air de la pièce. Motif épousant exactement la forme du meuble.
- Pied de cloison et jonction avec le plancher : pont thermique de liaison, ou remontée d'humidité, ou simple accumulation d'air froid.
- Sous-face d'un plafond de pièce non chauffée en dessus : bande ou plage étendue.
- Placard sur mur extérieur : le pire cas domestique, réunissant froid, obscurité, air immobile et supports nutritifs — textile, carton, bois.
- Autour d'un boîtier électrique ou d'une fixation : fuite d'air ponctuelle à travers un doublage.
Un motif géométrique régulier désigne toujours le bâtiment. Un motif irrégulier, avec coulures et auréoles, désigne plutôt une eau liquide venue d'ailleurs.
Photographiez avant de nettoyer. Une fois la surface lavée, l'information est perdue.
Ventilation, chauffage, meubles, linge
Quatre facteurs d'usage expliquent l'essentiel de ce qui reste.
La ventilation évacue la vapeur produite et casse la couche d'air immobile contre les parois. Une extraction obturée, encrassée, débranchée, une entrée d'air bouchée, une porte sans passage libre en partie basse, et le logement cesse de fonctionner tout en paraissant normal. Nous avons décrit ailleurs les vérifications à faire ; le point à retenir ici est que la ventilation agit sur deux leviers à la fois, la quantité de vapeur et le mouvement d'air à la surface.
Le chauffage intermittent est le facteur le plus sous-estimé. Les parois lourdes ne suivent pas les variations de l'air. On chauffe le soir, l'air se réchauffe et se charge, les murs restent froids. On coupe la nuit, l'air se refroidit contre des parois déjà froides, l'eau se dépose. Une pièce peu occupée et peu chauffée, dans un logement par ailleurs chaud, est le piège le plus classique : elle reçoit l'air chargé du reste du logement et lui offre les surfaces les plus froides.
Les meubles collés aux murs froids créent, à eux seuls, la condition manquante. Écarter un meuble de quelques centimètres d'un mur extérieur, et laisser un jeu en pied et en tête, change réellement la situation.
Le séchage du linge à l'intérieur est l'une des principales sources de vapeur d'un logement, concentrée dans le temps et souvent dans une pièce peu ventilée. Un radiateur couvert de linge dans une chambre fermée produit, chaque hiver, la même tache dans le même angle.
La saisonnalité, et ce qu'elle révèle
Le calendrier est un outil de diagnostic.
Les moisissures liées au froid des parois apparaissent en automne, s'étendent au cœur de l'hiver, régressent au printemps, disparaissent en été. Ce cycle net désigne la condensation.
Les moisissures liées à un matériau gorgé d'eau ne suivent pas ce rythme : elles suivent les épisodes de pluie, ou elles restent stables toute l'année quand la source est permanente.
Celles des caves et des vides sanitaires ont souvent un comportement inversé, avec une aggravation en été : l'air extérieur chaud et chargé entre dans un volume frais et y dépose son eau. Ventiler une cave en pleine chaleur estivale peut ainsi aggraver la situation, alors que la ventiler par temps froid et sec l'améliore. C'est contre-intuitif, et c'est pourtant la règle.
Notez donc les dates. Un carnet, quelques photographies au même cadrage, et vous saurez au bout d'un an ce qu'aucune visite ponctuelle ne peut établir.
Le lien avec l'humidité de maçonnerie
Les deux phénomènes se rencontrent, mais ils ne se confondent pas.
Une humidité de maçonnerie ne produit pas directement des moisissures : elle produit des franges sombres, des sels, des enduits qui se décollent. En revanche, elle refroidit le mur, parce qu'un matériau chargé en eau conduit mieux la chaleur qu'un matériau sec. Un mur humide est donc un mur froid, et un mur froid condense. La moisissure arrive par ce détour.
Le tableau complet, sur bâti ancien mal ventilé, est presque toujours un cumul : une frange basse avec sels, et des colonies plus haut dans les angles. Traiter l'un sans l'autre laisse la moitié du problème en place.
L'ordre reste le même : établir d'où vient l'eau avant de choisir quoi que ce soit.
Le traitement, dans l'ordre
Un nettoyage n'est pas un traitement. C'est la dernière étape, pas la première. L'ordre qui suit n'est pas négociable.
Un. Identifier la cause. Paroi froide, ventilation défaillante, fuite, matériau gorgé, usage. Sans cela, tout le reste est cosmétique.
Deux. Supprimer l'apport d'eau, quel qu'il soit.
Trois. Sécher, réellement, et le vérifier. Un support encore humide se recolonise en quelques jours.
Quatre. Éliminer ce qui ne se récupère pas.
Cinq. Nettoyer ce qui se récupère.
Six. Refaire les finitions, en dernier.
Repeindre avant d'avoir corrigé, c'est acheter un délai de quelques mois au prix d'une information perdue.
Se protéger pendant l'opération
Sobrement, sans dramatiser, mais sans négliger.
- Ventilez la pièce pendant toute l'intervention, et fermez la porte donnant sur le reste du logement.
- Portez des gants, une protection respiratoire adaptée aux poussières fines et une protection oculaire si vous travaillez en plafond.
- Portez des vêtements que vous laverez à part immédiatement après.
- Écartez les personnes fragiles et les jeunes enfants de la pièce pendant et après l'opération.
- Protégez le sol et les meubles, et évacuez les protections avec les déchets.
Humidifier avant d'essuyer
C'est le geste technique le plus important, et le plus souvent inversé.
Une surface colonisée, brossée à sec, libère dans l'air une quantité considérable de particules qui se redéposeront dans toute la pièce et que vous respirerez pendant des heures. Vous n'aurez pas nettoyé : vous aurez déplacé et dispersé.
Humidifiez donc légèrement la surface avant tout contact, par pulvérisation fine, sans détremper. Essuyez ensuite d'un geste enveloppant, du bord propre vers la tache, avec un chiffon ou une lingette que vous jetterez. Ne rincez pas dans un évier, ne réutilisez pas le chiffon sur une autre zone, ne le replongez pas dans le seau. Changez souvent.
Ne poncez jamais à sec une surface colonisée. Si un ponçage est nécessaire, il vient après nettoyage et séchage complets.
Ce qu'il faut jeter
Certains matériaux ne se récupèrent pas, parce que le mycélium a pénétré leur masse.
- Les plaques de plâtre colonisées à cœur, dont le carton se détache ou se déchire.
- Les isolants humides, tassés, tachés ou odorants.
- Les papiers peints et toiles, systématiquement, plutôt que de tenter un nettoyage de surface.
- Les joints souples marqués à cœur.
- Les moquettes, sous-couches, textiles et cartons stockés en zone atteinte.
- Les bois de faible section, non structurels, gorgés et dégradés.
Une surface dure, minérale, non poreuse ou correctement peinte se nettoie. Un matériau poreux et fibreux, non. Le distinguer honnêtement évite de refaire deux fois.
Pourquoi la javel et les peintures dites anti-moisissures ne règlent rien
L'eau de javel décolore. C'est ce qu'elle fait de mieux, et c'est précisément le problème : elle fait disparaître la tache tout en laissant le mycélium dans le support poreux. Le mur paraît propre, l'information visuelle a disparu, la cause est intacte, et la colonie repart depuis l'intérieur du matériau. Elle apporte en outre beaucoup d'eau sur une paroi que l'on cherche à sécher, et ses vapeurs sont irritantes dans un volume fermé.
Les peintures dites anti-moisissures reposent sur des additifs qui retardent la colonisation de la couche peinte. Elles peuvent avoir un intérêt ponctuel, dans une pièce d'eau, en complément d'une correction réelle. Employées seules, sur une paroi froide et non ventilée, elles ne font que déplacer le problème : la colonie réapparaît au joint, à l'angle, sur la plinthe, sur le rideau, sur le meuble — partout où la peinture n'est pas.
Aucun produit ne réchauffe une paroi. Aucun produit ne renouvelle l'air. Ces deux phrases suffisent à trier toute l'offre disponible.
Ce que devient une surface repeinte sans correction
Le scénario est toujours le même, et il se déroule en trois hivers.
Premier hiver : la peinture neuve tient. Le propriétaire conclut que le problème est réglé.
Deuxième hiver : de petits points réapparaissent, d'abord dans l'angle, puis le long de la plinthe. On les essuie.
Troisième hiver : la tache est revenue, plus étendue qu'avant, et la peinture cloque par endroits parce que le support n'a jamais séché et que la nouvelle couche a réduit sa capacité à évacuer. On repeint plus épais, ce qui aggrave encore le point précédent.
À l'arrivée, on a superposé des couches de plus en plus fermées sur un support de plus en plus chargé, et perdu plusieurs années d'observation. Le seul bénéfice de l'opération aura été esthétique et provisoire.
Quand il faut déposer un doublage
Question douloureuse, parce que la réponse est parfois oui.
Il faut déposer lorsque plusieurs de ces éléments sont réunis : une odeur persistante que le nettoyage de surface ne fait pas disparaître, des taches qui reviennent au même endroit malgré une ventilation corrigée et un chauffage régulier, un parement mou ou déformé en pied, une plinthe qui gonfle, un isolant tassé ou humide observé par un sondage, une colonisation visible sur la face arrière d'un boîtier électrique déposé, ou la certitude que le mur derrière reçoit encore de l'eau.
Il ne faut pas déposer sur la seule vue d'une tache en angle, en partie haute, dans une pièce mal ventilée : là, c'est la ventilation et le chauffage qu'il faut corriger d'abord, puis observer une saison complète.
Avant de décider, ouvrez peu et regardez : une plinthe déposée sur un mètre, un boîtier électrique sorti de son pot, un sondage discret dans une zone masquée. Ces trois gestes coûtent une heure et évitent souvent une dépose inutile — ou la justifient sans discussion.
La question de la santé, sobrement
Il faut la traiter, et la traiter sans en rajouter.
Une colonisation étendue dans un logement occupé n'est pas souhaitable. Les particules émises peuvent gêner les voies respiratoires, en particulier chez les personnes déjà sensibles, allergiques ou fragilisées. L'inconfort est réel, l'odeur est réelle, et la gêne rapportée par les occupants mérite d'être prise au sérieux.
Il n'appartient pas à un média technique de bâtiment d'aller plus loin. Nous ne donnerons ni chiffre, ni seuil, ni promesse : les questions de santé se posent à un médecin, avec les éléments du cas.
Ce que nous pouvons dire relève de notre domaine : une moisissure signale une paroi froide ou un matériau chargé et un air qui ne circule pas. Corriger cela améliore simultanément la salubrité, le confort thermique et la conservation du bâtiment. Il n'y a pas d'arbitrage à faire entre ces trois objectifs, ce qui est assez rare pour être signalé.
Un protocole d'observation sur une saison
Voici comment produire, sans matériel et sans dépense, une information qu'aucune visite d'une heure ne vous donnera.
En septembre. Photographiez chaque zone concernée, au même cadrage, avec un repère d'échelle et la date. Nettoyez complètement. Notez la disposition des meubles, les habitudes de chauffage, de ventilation et de séchage du linge. Vérifiez toutes les entrées d'air et toutes les extractions. Vous établissez un point zéro.
En novembre. Repassez au même cadrage. Notez ce qui est réapparu, où, et sous quelle forme. Ne nettoyez pas encore : vous observez la géographie de la récidive, qui est l'information la plus précieuse de tout le protocole.
En janvier. Même relevé. C'est le moment où l'écart entre les zones est maximal. Ajoutez, si vous en avez un, un relevé de température de surface comparant le centre d'un mur, un angle, un tableau de fenêtre et un pied de mur.
En mars. Même relevé. Puis introduisez une seule modification : écarter les meubles, rétablir une extraction, remonter la température d'une pièce froide, cesser de sécher le linge à l'intérieur. Une seule, sinon vous ne saurez pas laquelle a agi.
En mai. Relevé de fin de saison. Nettoyage complet, photographies, bilan écrit.
L'hiver suivant. Reprenez le même calendrier. La comparaison de deux saisons, à protocole identique, vaut mieux que n'importe quel appareil promené une fois sur un mur.
Au bout de ces deux saisons, vous saurez trois choses : où votre logement est froid, où l'air ne circule pas, et si votre maçonnerie restitue de l'eau. C'est exactement la matière d'un diagnostic, et vous l'aurez produite vous-même.
Ce que l'on observe dans la région
À Évreux et à Gravigny, sur le parc reconstruit et sur le pavillonnaire des décennies suivantes, le motif dominant est géométrique : angles, jonctions de plancher, tableaux de fenêtre, lignes régulières dessinant une ossature. Menuiseries remplacées, ventilation d'origine dégradée, ponts thermiques francs. Rien de tout cela ne concerne le sol, et pourtant c'est souvent un traitement de remontées capillaires qui est proposé en premier.
À Conches-en-Ouche, sur son éperon, les expositions varient fortement d'une façade à l'autre au sein d'une même maison. On y observe couramment des pièces saines et des pièces colonisées dans le même logement, avec le même air : la différence tient à l'orientation et à la protection contre les vents de pluie.
À Louviers, à Brionne et à Ivry-la-Bataille, en fond de vallée, l'air extérieur est durablement chargé et le séchage est lent. La ventilation y demande plus d'attention qu'ailleurs, et le cumul avec une humidité de pied de mur y est la règle plutôt que l'exception. C'est là que la distinction entre sels et moisissures prend le plus de valeur, parce qu'on trouve les deux sur le même mur, à quelques dizaines de centimètres d'écart.
Ce qu'il faut retenir
Une moisissure est un indicateur avant d'être une salissure. Elle marque, avec une précision remarquable, les endroits où votre paroi est froide et où votre air ne bouge pas. Elle travaille gratuitement, tout l'hiver, et elle dessine un plan que personne ne vous vendra.
Nettoyer avant d'avoir lu ce plan, c'est effacer le seul relevé fiable dont vous disposiez.
Alors regardez d'abord, photographiez, datez. Cherchez la cause, corrigez-la, séchez. Nettoyez ensuite, en vous protégeant et en humidifiant avant d'essuyer. Repeignez en dernier, ou pas du tout.
Et retenez la seule règle qui résume tout le sujet : on ne traite pas une moisissure, on traite ce qui la rend possible. Tant que la paroi reste froide et l'air immobile, elle reviendra — au même endroit, à la même saison, avec la même forme.