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Gravigny : le soubassement noir des pavillons du faubourg, et son rôle
À Gravigny, les pavillons du faubourg portent presque tous une bande noire en pied de mur. Ce qu'elle devait faire, ce qu'elle fait, comment la reprendre.

À Gravigny, il suffit de remonter à pied les rues du faubourg nord, dans la continuité d'Évreux le long de l'ancienne route de Rouen, pour le constater : sur les pavillons construits entre les années 1960 et le début des années 1980, le bas du mur est presque toujours noir, ou gris très sombre. Une bande de quarante, soixante, parfois quatre-vingts centimètres de haut, qui fait le tour de la maison ou au moins les façades visibles. Tantôt c'est un enduit bitumineux passé au rouleau ou à la brosse, mat, un peu granuleux, qui farine quand on le frotte. Tantôt c'est un revêtement plastique épais, brillant ou satiné, qui sonne creux par endroits et se soulève en écailles au droit des angles. Ce soubassement noir n'est pas une fantaisie décorative locale : c'est une pratique d'époque, appliquée en série sur tout un parc de maisons qui sortaient de terre en même temps. Et comme ces maisons vieillissent en même temps, le problème qu'il pose arrive lui aussi en même temps, dans toute la commune.
Cet article fait trois choses. Il explique ce que cette bande sombre devait faire au moment où on l'a posée — parce qu'elle avait une logique, et qu'on ne comprend pas le désordre sans comprendre l'intention. Il décrit ce qu'elle fait réellement aujourd'hui, en particulier quand elle a été remontée trop haut sur le mur, ce qui est le cas le plus fréquent. Et il détaille comment la reprendre sans commettre l'erreur inverse : enfermer le pied de mur sous un revêtement encore plus fermé que le premier.
Ce que la bande noire devait faire à l'origine
Les pavillons du faubourg de Gravigny appartiennent à une génération constructive précise : murs en blocs de béton — le parpaing —, enduit au mortier de ciment, fondations superficielles en béton, souvent un vide sanitaire bas ou une dalle sur terre-plein. À cette époque, la coupure de capillarité horizontale — le feutre bitumé ou le film posé dans l'épaisseur du mur, au ras du sol, pour empêcher l'eau du sol de monter dans la maçonnerie — existe dans les règles de construction, mais sa mise en œuvre est inégale. Sur certains pavillons elle est bien posée, sur d'autres elle est absente, interrompue aux angles, ou noyée trop bas pour servir.
Le revêtement noir du pied de mur répondait à deux soucis bien réels.
Le premier, c'est le rejaillissement. Quand la pluie tombe sur un sol dur — trottoir de béton, allée, bande de graviers tassés —, elle rebondit et vient frapper les trente à cinquante premiers centimètres du mur. Un enduit de ciment ordinaire, dans cette zone, se salit, verdit, s'use plus vite que le reste de la façade. Une bande sacrificielle plus résistante, et de couleur sombre pour masquer les salissures, avait donc un sens : elle encaissait les éclaboussures à la place de l'enduit courant.
Le second souci, c'est l'humidité du sol au contact du mur. Sur la partie enterrée ou semi-enterrée du soubassement, un enduit bitumineux joue le rôle d'une protection contre l'eau du terrain qui vient lécher la maçonnerie. Sous le niveau du sol, cette logique est correcte et elle l'est toujours : on protège la face enterrée d'un mur contre l'eau qui l'entoure. C'est ce que faisaient les maçons en « goudronnant » les fondations avant de remblayer.
Le glissement s'est produit quand cette protection, légitime sous terre, a été prolongée au-dessus du sol, sur la partie du mur qui, elle, a besoin de respirer. Par commodité — on tenait le rouleau, autant monter jusqu'à une hauteur régulière —, par esthétique — une bande bien droite à soixante centimètres fait plus fini qu'un arrêt au ras du sol —, et par une intuition fausse mais tenace : puisque le produit protège de l'eau en bas, il protégera encore mieux en montant plus haut.
Bitumineux et plastique épais : deux produits, un même effet
Sur le terrain, on rencontre deux familles de revêtements sombres, et il est utile de savoir laquelle on a devant soi. L'enduit bitumineux d'époque est mat, il noircit les doigts par temps chaud, il se fendille en petites écailles avec l'âge et se recharge facilement — beaucoup de propriétaires en ont repassé une couche tous les dix ou quinze ans, ce qui a épaissi le film au fil des décennies. Le revêtement plastique épais, souvent posé plus tard, dans les années 1980 ou 1990, lors d'un premier ravalement, est une peinture très chargée, souple, qui forme une peau continue de l'ordre du millimètre. Il se reconnaît à son aspect légèrement pommelé et à sa façon de cloquer : des bulles molles, qui crèvent sous le doigt en libérant parfois quelques gouttes d'eau.
Les deux produits ont des compositions différentes mais un point commun décisif : ils sont très fermés à la vapeur d'eau. L'eau liquide ne les traverse pas, et la vapeur ne les traverse presque pas non plus. Sous le sol, c'est une qualité. Au-dessus, c'est le cœur du problème.
Pourquoi un mur a besoin d'évaporer par son pied
Pour comprendre ce que la bande noire fait au mur, il faut se rappeler d'où vient l'eau qu'il contient. Un pied de mur reçoit de l'humidité par plusieurs chemins : le rejaillissement de la pluie, l'eau du terrain au contact de la partie enterrée, et — quand la coupure de capillarité est absente ou défaillante — la remontée lente de l'eau du sol dans les pores de la maçonnerie. Le parpaing et le mortier de ciment ne sont pas des matériaux très capillaires comparés à une brique ancienne, mais ils le sont assez pour entretenir une frange humide dans les premiers rangs du mur, surtout en fond de vallée : Gravigny est posée dans la vallée de l'Iton, sur des terrains alluviaux qui gardent l'humidité une bonne partie de l'année, et les jardins du faubourg le savent bien.
Ce qui maintient l'équilibre, dans un mur qui fonctionne, ce n'est pas l'absence d'eau — il y en a toujours un peu — mais la capacité du mur à la restituer à l'air aussi vite qu'elle entre. Cette évaporation se fait par les surfaces : la face extérieure du soubassement en première ligne, la face intérieure en second. Tant que la surface d'évaporation disponible suffit, l'eau entre en bas, sort sur les premiers décimètres, et personne ne s'en aperçoit. C'est le régime silencieux de la plupart des murs.
Quand on colle un film étanche sur les soixante premiers centimètres de la face extérieure, on supprime la principale surface de sortie. L'eau, elle, continue d'entrer par le bas exactement comme avant : rien, dans le revêtement, ne s'oppose à ce qui monte du sol par l'intérieur du mur. Le bilan entrées-sorties se dérègle, et l'eau fait ce qu'elle fait toujours dans ce cas : elle monte chercher une sortie plus haut.
La ligne blanche au-dessus du noir
C'est le symptôme signature, et on le lit sur de nombreux pavillons du faubourg sans même sonner à la porte : juste au-dessus de la bande sombre, l'enduit clair porte une frange de dépôt blanchâtre, des cloques de peinture, parfois un décollement franc de l'enduit sur quelques centimètres de haut. Cette ligne matérialise le nouveau front d'évaporation. L'eau qui sortait autrefois à vingt centimètres du sol sort désormais à soixante-dix, juste au-dessus du film qui lui barrait la route. Et elle ne sort pas seule : elle transporte les sels dissous du sol et du mortier, qui cristallisent là où l'eau s'évapore. Le dépôt blanc, c'est du salpêtre au sens large, et il raconte précisément le trajet de l'eau — nous avons détaillé sa lecture dans ce que le dépôt blanc raconte.
Plus la bande a été remontée haut, plus le front d'évaporation monte, et plus la surface de mur maintenue humide en permanence est grande. Sur certains pavillons où le revêtement grimpe à un mètre, l'humidité se lit à l'intérieur, au dos du mur : plinthes qui noircissent, papier peint qui se décolle en partie basse, odeur de renfermé dans les pièces sur rue. Le mur n'est pas plus attaqué qu'avant par le sol ; il est simplement devenu incapable de se défendre par où il le faisait.
Le gel finit le travail
Il y a un second mécanisme, plus lent. Derrière le film, la maçonnerie reste gorgée d'eau une grande partie de l'hiver. Quand vient un épisode de gel — et la vallée de l'Iton en connaît chaque année —, l'eau contenue dans les pores gèle et gonfle. L'enduit de ciment sous le revêtement se désolidarise par plaques, le film cloque, se tend, se perce. Au printemps, le propriétaire voit des écailles noires au pied du mur, conclut que « la protection est partie » et repasse une couche. Chaque couche épaissit le film, ferme un peu plus le mur, et prépare le cloquage suivant. C'est un cycle que beaucoup de maisons de Gravigny ont déjà parcouru trois ou quatre fois : on le date en comptant les couches sur une écaille, comme les cernes d'un arbre.
Ce mécanisme est le cousin direct de celui que nous avons décrit à propos de l'enduit étanche en soubassement : même logique d'enfermement, même déplacement du désordre vers le haut. La différence, ici, c'est que le revêtement noir de faubourg n'est pas une erreur de réparation commise sur un mur déjà malade — c'est un équipement d'origine, posé sur des murs sains, qui a fabriqué le problème au fil des décennies. On ne cherche pas un coupable récent : on hérite d'une pratique d'époque.
Lire l'état de sa propre bande noire
Avant de décider quoi que ce soit, il faut établir ce que la bande fait réellement sur votre mur. Trois cas de figure existent, et ils n'appellent pas la même réponse.
Premier cas : la bande est basse — trente centimètres ou moins —, elle adhère, le mur au-dessus est sec, sans dépôt blanc ni cloque, et l'intérieur ne montre rien. Le revêtement travaille alors essentiellement en protection contre le rejaillissement, sur une hauteur que le mur peut compenser. Il n'y a pas d'urgence à intervenir. On surveille, on note l'état une fois par an avec deux photos prises aux mêmes endroits, et on s'abstient surtout d'en rajouter une couche « d'entretien ».
Deuxième cas : la bande est haute, et la ligne de symptômes au-dessus existe — dépôt blanc, cloques, enduit qui sonne creux au tapotement sur les dix derniers centimètres avant le noir. Le film est en train de déplacer l'évaporation. C'est le cas le plus répandu sur les pavillons du faubourg, et c'est celui qui justifie une reprise, dont on parle plus bas.
Troisième cas : le revêtement lui-même se délite — écailles, plaques décollées, enduit support qui part avec —, et le mur derrière apparaît humide au toucher plusieurs jours après la dernière pluie. Là, la question n'est plus seulement le revêtement : il faut vérifier ce qui alimente le mur en eau, car un film même fermé ne maintient pas seul une maçonnerie détrempée. Sol trop haut contre le mur, descente d'eau pluviale qui fuit au pied, regard fissuré : les points à passer en revue sont ceux de tout pied de mur, et il vaut la peine de dérouler les cinq vérifications d'avant devis avant de toucher au revêtement.
Un test simple aide à départager : choisir une zone où le film s'écaille déjà, retirer proprement une plaque de la taille d'une main, et observer pendant deux ou trois semaines. Si la maçonnerie mise à nu sèche, blanchit, et que la fenêtre ouverte dans le film se met à fleurer légèrement de sels, c'est la preuve directe que le mur cherchait à évaporer et que le film l'en empêchait. Ce petit sondage ne coûte rien et il pèse lourd dans la discussion avec une entreprise.
Reprendre le soubassement sans piéger le mur
La reprise se pense en trois décisions successives : ce qu'on enlève, ce qu'on remet, et jusqu'où on le remet. Les trois se discutent séparément, et c'est précisément ce qu'un devis sérieux doit faire apparaître.
Ce qu'on enlève : décaper la partie aérienne, pas la partie enterrée
La règle de partage est le niveau du sol fini. Au-dessus du sol, le film sombre n'a plus de justification s'il ferme le mur : on le dépose. Le décapage d'un bitumineux ancien se fait mécaniquement — grattage, ponçage, parfois décapage thermique prudent —, celui d'un revêtement plastique épais se fait par pelage et rabotage des zones adhérentes. Il faut accepter d'emporter avec le film les zones d'enduit support qui ne tiennent plus : un enduit qui sonne creux sous le revêtement retombera de toute façon. Le pied de mur, après décapage, est souvent laid — c'est normal, et c'est une étape.
Sous le sol, en revanche, on ne va pas déterrer la maison pour retirer un goudron de fondation : à cet endroit, il rend encore le service pour lequel il a été posé. Si des travaux de terrassement ont lieu par ailleurs — création d'un drainage, reprise d'un réseau —, on en profite pour vérifier son état, pas pour l'éliminer.
Après dépose, le mur doit sécher avant de recevoir quoi que ce soit. Un pied de mur qui a passé trente ans sous un film ne rend pas son eau en quinze jours : selon l'épaisseur, la saison et l'exposition, il faut compter en mois. Nous avons expliqué ailleurs pourquoi cette attente n'est pas du temps perdu mais une phase du chantier ; la résumer ici en une phrase suffit : tout ce qu'on pose sur un mur encore chargé d'eau se décollera ou enfermera cette eau.
Ce qu'on remet : un enduit qui évapore et qui accepte les sels
Le nouveau soubassement doit faire deux choses que l'ancien ne faisait pas : laisser passer la vapeur d'eau, et encaisser la cristallisation des sels sans se déliter. Cela désigne la famille des enduits à base de chaux hydraulique ou des mortiers d'assainissement conçus pour les zones de pied, appliqués en épaisseur suffisante pour offrir aux sels un volume où cristalliser sans pousser la finition. La finition, elle, doit rester ouverte : peinture minérale ou badigeon, jamais une peinture filmogène qui recréerait en trois couches ce qu'on vient de déposer. Le choix précis du mortier selon le support et l'état du mur est traité en détail dans quel enduit au pied du mur ; retenons ici le critère de tri : tout produit dont l'argument de vente est « imperméabilise » ou « bloque l'humidité » est un candidat au même désordre que la bande noire.
Sur le plan de l'aspect, rien n'oblige à renoncer à un soubassement marqué. Une teinte soutenue obtenue par un badigeon ou une peinture minérale foncée donne visuellement la même assise à la façade que l'ancienne bande, sans en reproduire le fonctionnement. Beaucoup de propriétaires du faubourg tiennent à cette bande sombre parce qu'elle appartient à la physionomie de la rue : c'est compatible avec un mur qui respire, à condition de choisir la teinte dans une gamme minérale et non un film.
Jusqu'où : la hauteur juste d'un soubassement
La bonne hauteur d'un soubassement de protection se déduit du rejaillissement réel, pas d'un standard esthétique. Sur un sol meuble planté, les éclaboussures montent peu ; sur une bande de béton ou un enrobé au ras du mur, elles montent nettement plus. Dans la plupart des cas, une protection renforcée sur les vingt-cinq à quarante premiers centimètres suffit largement. Monter à quatre-vingts centimètres ou un mètre ne protège pas mieux : cela déplace seulement plus haut la ligne où le mur devra évaporer si de l'eau entre par le bas.
Il y a une manière plus efficace encore de réduire la hauteur nécessaire : traiter le sol au pied du mur. Une bande de gravier grossier de trente à quarante centimètres de large le long de la façade casse le rebond des gouttes et divise le rejaillissement, là où une dalle de béton l'amplifie. Si le trottoir périphérique existant est fissuré et penche vers la maison, sa reprise fait partie du chantier de soubassement au même titre que l'enduit — sinon on soigne la conséquence en entretenant la cause. Et si la terre du jardin est montée contre le mur au fil des années de plantations, la redescendre sous le niveau de la coupure de capillarité est un préalable absolu, pour les raisons détaillées dans le désordre qu'on fabrique en jardinant.
Le cas particulier des pavillons sur vide sanitaire
Une partie des pavillons du faubourg de Gravigny repose sur un vide sanitaire, et cela change deux choses. D'abord, la bande noire y recouvre souvent les grilles de ventilation basses du vide, partiellement ou complètement — soit qu'on ait peint par-dessus, soit que le film décollé pende devant. Un vide sanitaire qui ne ventile plus devient une réserve d'air saturé sous le plancher, et l'humidité qu'on croit venir du mur vient en réalité d'en dessous. Lors du décapage, dégager entièrement ces bouches et vérifier qu'elles se répondent d'une façade à l'autre est un des gains les plus rentables du chantier.
Ensuite, le vide sanitaire offre un poste d'observation que les maisons sur terre-plein n'ont pas : on peut y regarder la face intérieure du soubassement. Si elle est sèche et poudreuse alors que la face extérieure cloque sous le film, le diagnostic est quasiment fait — l'eau vient de l'extérieur et du sol proche, pas d'une remontée généralisée. Si elle est humide sur toute la périphérie, la question de la coupure de capillarité se pose sérieusement, et elle mérite un diagnostic complet avant tout choix de traitement.
Ce qui se vérifie avant de commander le chantier
Un chantier de reprise de soubassement sur un pavillon du faubourg n'est pas un gros chantier, mais il touche à l'aspect de la façade côté rue. Si la maison est dans un secteur où s'applique une règle d'aspect — certains lotissements ont un cahier des charges, et une commune peut encadrer les teintes de soubassement dans son document d'urbanisme —, la modification de la couleur ou la suppression visuelle de la bande peut être soumise à déclaration. Ce point se vérifie au service urbanisme de la mairie avant de commander quoi que ce soit : la question à poser est simple — « la façade de ma parcelle est-elle soumise à des prescriptions d'aspect, et un changement de teinte de soubassement demande-t-il une déclaration préalable ? ». La réponse change le calendrier du chantier, pas sa technique.
Côté devis, trois exigences départagent les entreprises. La première : le devis doit distinguer explicitement dépose, temps de séchage et réfection — un document qui enchaîne décapage et réenduisage la même semaine décrit un chantier qui enfermera l'eau. La deuxième : le produit de réfection doit être nommé, avec sa nature de liant, pas désigné par une fonction (« protection de soubassement ») qui peut recouvrir exactement le film qu'on vient de retirer. La troisième : le traitement du sol au pied — gravier, pente, reprise du trottoir — doit figurer au devis ou être explicitement écarté avec un motif. Une entreprise qui accepte de venir constater le sondage décrit plus haut, plaque retirée et zone de séchage à l'appui, part sur de bonnes bases.
Sur le prix, méfiez-vous des deux extrêmes. Le poste qui coûte, dans ce chantier, c'est la dépose et la préparation du support — un travail lent, ingrat, qui ne se voit pas sur la façade finie. Un devis très bas a presque toujours économisé là, en recouvrant au lieu de déposer. Un devis très haut, à l'inverse, ajoute souvent des traitements que le diagnostic n'a pas demandés : injection systématique, hydrofuge de surface, cuvelage du soubassement. Chaque ligne doit répondre à un constat, pas à un catalogue.
Ce que cette bande noire enseigne sur le bâti du faubourg
Il y a quelque chose d'instructif dans ce désordre-là : il ne vient ni d'une malfaçon ni d'une négligence, mais d'une bonne intention appliquée trop largement, à une époque où la physique de l'humidité des murs était moins bien partagée qu'aujourd'hui. Les pavillons de Gravigny n'ont pas été mal construits ; ils ont été équipés d'une protection dont la moitié inférieure était juste et la moitié supérieure contre-productive, et il a fallu trente ou quarante ans pour que la différence se voie.
La leçon vaut pour les travaux d'aujourd'hui. Chaque fois qu'un produit promet de « protéger » un pied de mur en le fermant, la question à poser est la même que celle que cette bande noire aurait dû soulever en son temps : par où l'eau qui entrera quand même ressortira-t-elle ? Si la réponse est « plus haut », le produit ne protège pas le mur — il déménage le problème. Un soubassement en bon état n'est pas un soubassement blindé : c'est un soubassement qui sèche plus vite qu'il ne se mouille. Tout le reste, teinte sombre comprise, peut se retrouver par d'autres moyens.
Questions fréquentes
Faut-il obligatoirement retirer la bande noire de mon pavillon ?
Non. Si elle est basse, adhérente, et que le mur au-dessus ne montre ni dépôt blanc, ni cloque, ni humidité intérieure, elle peut rester en l'état sous surveillance annuelle. La dépose se justifie quand les symptômes d'évaporation bloquée existent — frange blanche au-dessus du film, cloques, enduit décollé — ou quand un ravalement complet est de toute façon programmé. Dans ce dernier cas, la conserver serait une occasion manquée : on ne ravale pas par-dessus un film qui ferme le pied.
Puis-je simplement repeindre la bande noire avec une peinture ordinaire ?
C'est le geste à éviter. Une peinture de façade classique, filmogène, ajoutée sur un bitumineux ou un revêtement plastique épais, épaissit le film et ferme un peu plus le mur ; en outre, elle adhère mal sur le bitume, qui la tache et la fait cloquer. Si l'objectif est seulement esthétique et que le mur est sain, il faut au minimum une préparation sérieuse et un produit compatible — et si le mur n'est pas sain, la peinture ne tiendra pas la saison.
Comment savoir si mes murs ont une coupure de capillarité ?
Sur un pavillon des années 1960-1980, elle existe souvent mais pas toujours. On la repère parfois en observant la tranche du mur au niveau d'un seuil de porte ou dans le vide sanitaire : un joint plus sombre, une feuille bitumée qui affleure entre deux rangs. Le comportement du mur renseigne aussi : une humidité qui s'arrête net à une hauteur régulière sur tout le périmètre suggère qu'elle manque ou qu'elle est court-circuitée — par la terre montée au-dessus, par exemple. En cas de doute, c'est une question centrale à poser lors d'un diagnostic, avant d'accepter tout traitement lourd.
La bande sombre est-elle imposée ou interdite à Gravigny ?
Ni l'un ni l'autre ne peut s'affirmer de manière générale : les règles d'aspect dépendent du document d'urbanisme en vigueur et, le cas échéant, du cahier des charges d'un lotissement. Certains secteurs peuvent encadrer les teintes de façade et de soubassement, d'autres non. Le réflexe utile est d'appeler le service urbanisme de la mairie avec sa référence de parcelle et de demander si un changement d'aspect du soubassement est soumis à déclaration préalable. C'est une vérification de quelques minutes qui évite une reprise de teinte après coup.
Combien de temps laisser sécher le mur entre la dépose et le nouvel enduit ?
Il n'y a pas de durée unique : elle dépend de l'épaisseur du mur, de sa charge en eau, de la saison et de l'exposition. L'ordre de grandeur se compte en mois plutôt qu'en semaines pour un pied de mur resté des décennies sous film — une dépose en fin d'hiver pour un réenduisage en fin d'été est un calendrier réaliste. Le critère n'est pas le calendrier mais l'état du support : un mur prêt a blanchi, ne fonce plus après la pluie, et les sels qui remontaient en surface se sont raréfiés. Une entreprise qui propose de réenduire la semaine suivant le décapage répond à son planning, pas à votre mur.