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Soubassement

Matériaux

Carrelage et parquet au rez-de-chaussée : poser sur une dalle humide

Poser un carrelage ou un parquet sur une dalle humide : les contrôles avant pose, les revêtements qui laissent le support sécher, et l'erreur qui mouille les murs.

Carré de film polyéthylène scotché sur une dalle béton nue, buée sous le film, dans une pièce vide de rez-de-chaussée.
Le test du film scotché quarante-huit heures : la buée se forme sous le film quand le support envoie encore de l'eau.

Une dalle humide ne se recouvre pas comme une dalle sèche, et le seul moyen de savoir dans quel cas on se trouve est de le vérifier avant de commander le revêtement. Le contrôle de base est à la portée de tout le monde : un carré de film polyéthylène transparent d'environ un mètre de côté, posé à même le béton nu, scotché sur toute sa périphérie, laissé quarante-huit heures dans une pièce à température stable. Si de la buée, des gouttelettes ou une auréole sombre apparaissent sous le film, le support envoie encore de l'eau. S'il reste sec et clair, la dalle n'est pas en train de dégorger — ce n'est pas une preuve d'innocuité, c'est un feu orange qui devient vert quand un second contrôle le confirme.

Côté revêtements, la hiérarchie est stable. Sur un support qui reste chargé, les plus tolérants sont ceux qui laissent la vapeur traverser : terre cuite, tomettes, pierre posées et jointoyées à la chaux, et à un moindre degré un carrelage collé au mortier-colle avec des joints ciment. Les plus fragiles sont le parquet massif collé, le parquet flottant, le stratifié, le PVC ou le vinyle en lés collés, et les résines : ils bloquent la vapeur, se décollent, gonflent ou cloquent, et surtout ils déplacent l'eau. C'est l'erreur centrale de ce sujet : rendre le sol étanche ne supprime pas l'eau, cela la renvoie au pied des murs, où elle réapparaît en salpêtre, en plinthes noircies et en plâtre pulvérulent quelques mois après des travaux qui paraissaient réussis.

Vérifier la dalle avant de poser quoi que ce soit

Le contrôle porte sur le support nu. Tant qu'un ancien revêtement, une moquette, un lino ou une sous-couche restent en place, aucune mesure n'a de sens : ils masquent l'évaporation et faussent tout. La règle est simple : on met la dalle à nu, on la laisse respirer quelques jours dans la pièce fermée mais chauffée normalement, puis on contrôle. Trois moyens existent, et ils ne disent pas la même chose.

Le film polyéthylène scotché quarante-huit heures

C'est le test du particulier, et il vaut plus que sa réputation. Il faut un film continu, sans micro-perforations, et un adhésif qui tient sur le béton — un scotch de peintre ne suffit souvent pas, un adhésif toilé fait mieux. Le carré est plaqué à plat, sans pli, et scotché sur ses quatre côtés de façon continue : la moindre fuite d'air rend le résultat ininterprétable.

Deux précautions changent la lecture. D'abord, la pièce doit être à température normale et fermée : un carré posé dans une maison froide et humide fabriquera de la condensation venue de l'air. Ensuite, il faut regarder de quel côté est l'eau. Buée sur la face inférieure du film, contre le béton : elle vient du support. Buée sur la face supérieure : elle vient de l'air de la pièce, et le problème est ailleurs : c'est de la condensation intérieure, un tout autre diagnostic, qui ne se règle pas en changeant de revêtement.

Un seul carré ne suffit pas. Il en faut plusieurs : un au centre de la pièce, un à un mètre d'un mur de façade, un dans l'angle le plus exposé, un près d'une cloison ou d'une gaine encastrée. Une dalle n'est presque jamais homogène : les bords sont souvent plus chargés que le centre lorsque l'eau vient du terrain par le pourtour, l'inverse quand elle vient du sol sous la dalle.

Ce que le test ne dit pas : combien. Il ne donne aucune valeur, il ne dit pas si l'écart au seuil d'un fabricant est petit ou énorme, et il ne distingue pas une dalle jeune qui finit de sécher d'une dalle ancienne qui remontera toute sa vie. Il tranche une seule question, et il la tranche bien : est-ce que ça sort, oui ou non.

La bombe à carbure et l'humidimètre : ce que chacun mesure

La mesure de référence des supports cimentaires en France est destructive. On prélève un fragment dans l'épaisseur de la dalle, à mi-hauteur et non en surface, on le broie, on le pèse, on l'enferme dans un flacon sous pression avec une ampoule de carbure de calcium. Le carbure réagit avec l'eau contenue dans l'échantillon et produit un gaz ; la pression lue au manomètre se convertit en pourcentage d'humidité massique. C'est la méthode dite au carbure, celle que les fabricants de colles visent dans leurs notices et que le poseur est censé appliquer avant de coller.

Deux points méritent d'être compris par le propriétaire. Le prélèvement en profondeur est essentiel : la surface d'une dalle sèche toujours en premier, et une dalle « sèche au toucher » peut être saturée à cœur. Et la valeur seuil n'est pas la même selon ce qu'on pose : un carrelage collé, une résine et un parquet collé ne demandent pas le même support. Ces seuils figurent dans les documents du fabricant de colle et dans les règles de pose ; ils doivent être écrits noir sur blanc, avec la valeur mesurée en face. Un devis de sol qui ne mentionne ni la méthode de mesure, ni la valeur relevée, ni le seuil admis engage mal celui qui pose et très mal celui qui paie.

L'humidimètre de chantier, lui, ne mesure pas cela. Les modèles à pointes lisent une résistance électrique, les modèles capacitifs une constante diélectrique sur quelques centimètres. Sur du béton, les deux sont perturbés par les sels dissous, par le treillis soudé, par les tubes d'un plancher chauffant, par le ragréage. Ils donnent une échelle relative, pas un pourcentage d'humidité du béton. C'est un outil de comparaison : il sert à repérer où la dalle est la plus chargée, à suivre l'évolution d'un même point de semaine en semaine, jamais à autoriser une pose. Le même malentendu court sur les murs : un chiffre affiché sur un écran n'est pas une humidité, c'est une lecture d'appareil.

Il existe aussi des sondes hygrométriques posées dans un forage refermé, qui mesurent l'humidité relative de l'air à l'intérieur de la dalle une fois l'équilibre atteint. Elles décrivent mieux que le carbure ce qui va réellement se passer sous un revêtement étanche, mais elles demandent un temps de mise à l'équilibre et un opérateur qui sait les poser.

Ce que l'ancien revêtement décollé raconte

Avant tout appareil, il y a le sol qu'on vient d'arracher. Il porte l'histoire complète du support, et elle se lit à l'œil et au nez.

  • Une odeur aigre ou douceâtre, une colle brune et poisseuse sous un lino ou un PVC collé : c'est la dégradation de la colle par l'eau et l'alcalinité du béton. Elle ne se produit que si de l'eau est restée piégée dessous, longtemps.
  • Une empreinte sombre du revêtement sur le béton, plus foncée au centre des lés qu'aux joints : la dalle a été mouillée par en dessous, l'eau n'a pu sortir que par les rares fuites.
  • Un carrelage qui sonne creux par plaques, avec un mortier-colle pulvérulent ou blanchi, des efflorescences salines dans les joints, des joints qui s'effritent au grattage.
  • Un parquet tuilé, les lames creusées vers le haut, ou une sous-couche moisie sur sa face inférieure : le bois a pris l'eau par en dessous.
  • Des pointes, agrafes ou lambourdes rouillées, un bois noirci en sous-face : l'humidité était permanente, pas accidentelle.
  • Un dépôt blanc poudreux à la surface du béton, surtout en périphérie : des sels remontés avec l'eau et laissés sur place par l'évaporation. Le mécanisme est le même qu'en pied de mur : l'eau part, les sels restent.

Ce faisceau vaut souvent mieux qu'une mesure isolée : il dit depuis combien de temps le phénomène dure, et un revêtement mort au bout de trois ans ne raconte pas la même histoire qu'un revêtement fatigué au bout de trente.

Dalle neuve qui sèche, dalle ancienne qui remonte

Les deux situations produisent la même buée sous le film et appellent des réponses opposées. Les confondre est la faute la plus coûteuse du sujet.

Une dalle neuve, une chape neuve, un ragréage récent contiennent l'eau de gâchage en excès : celle qui n'a pas été consommée par la prise du liant. Cette eau est en quantité finie. Elle part par évaporation, et une fois partie elle ne revient pas. Le séchage se compte en mois et non en semaines dès que l'épaisseur est significative, il ralentit fortement quand la dalle ne peut sécher que par une seule face — ce qui est le cas courant, un film polyéthylène étant posé sous les dalles modernes — et il dépend de la ventilation, de la température et de la saison bien plus que du calendrier des travaux. Une dalle coulée en automne dans une maison fermée et non chauffée peut ne pas avoir bougé au printemps.

Une dalle ancienne sur terre-plein, coulée directement sur le sol ou sur un hérisson sans coupure de capillarité, est dans une autre logique. Il n'y a pas de stock d'eau à évacuer : il y a un terrain sous le béton, et le béton pompe. La source est permanente, saisonnière dans son intensité, et aucune attente ne la tarira. Attendre six mois de plus ne change rien ; ce qui change tout, c'est ce qu'on fait du terrain, du pourtour et de la ventilation. Le mécanisme complet est traité dans ce qui traverse un plancher bas sur terre-plein.

Trois indices départagent les deux cas sans appareil. L'âge et l'origine de l'ouvrage, d'abord : une dalle de moins d'un an dans une maison chauffée sèche, une dalle de soixante ans ne sèche plus. Le comportement saisonnier ensuite : une dalle qui redevient sombre chaque hiver et s'éclaircit chaque été suit la nappe et les pluies, elle ne sèche pas, elle respire. Enfin la géographie du désordre : une remontée de terrain se lit aussi au pied des murs, en périphérie, alors qu'un séchage de dalle neuve est réparti sur toute la surface et diminue partout à la fois.

Un cas intermédiaire existe et se rencontre souvent en rénovation : une dalle récente coulée dans un bâti ancien, avec un film sous la dalle mais rien en périphérie, contre des murs qui, eux, n'ont aucune coupure de capillarité. Le sol est sain, les murs prennent tout, et l'eau que la dalle ne laisse plus passer sort par le seul chemin restant. C'est exactement la séquence décrite dans la dalle coulée dans la longère et l'eau partie au mur.

Ce que chaque cas commande

Sur une dalle neuve encore humide, la seule chose à faire est d'attendre en aidant. Chauffer doucement et régulièrement, ventiler pour renouveler l'air chargé — un air saturé n'emporte plus rien —, laisser le support nu, ne rien stocker dessus, ne pas bâcher, et refaire le test du film toutes les deux ou trois semaines. Quand il reste sec, on demande la mesure au carbure avant de coller. Ce temps ne coûte que de la patience ; une pose faite trop tôt coûte le revêtement, sa dépose et le support qu'il a fallu reprendre.

Sur une dalle ancienne sur terre-plein, aucune attente ne sert. Le choix est alors franc, et il faut le poser avant de choisir un revêtement :

  • Traiter la cause, quand c'est possible : rétablir les écoulements extérieurs, dégager le pied de mur, reprendre les terres et les eaux pluviales, et parfois refaire le plancher bas avec un hérisson ventilé, une coupure de capillarité et une périphérie désolidarisée. C'est le seul chemin qui autorise ensuite n'importe quel revêtement.
  • Accepter un sol perméable, quand la reprise lourde est hors de portée : conserver un revêtement qui laisse sortir la vapeur, et régler le confort par la ventilation et le chauffage plutôt que par une barrière.
  • Ne rien poser d'étanche, dans tous les cas, tant que le pourtour n'est pas maîtrisé.

Et quel que soit le cas, l'ordre des travaux compte autant que leur nature : le sol se pose après les corrections extérieures et après le séchage des maçonneries, jamais avant. La logique de séquence est celle décrite dans l'ordre dans lequel refaire les murs intérieurs après un assèchement, et les délais réels sont ceux de combien de temps un mur met à sécher.

Le carrelage : la pose compte plus que le carreau

On dit volontiers qu'un carrelage « respire ». C'est vrai relativement, faux absolument, et la nuance décide.

Un grès cérame pressé est un matériau très peu poreux : le carreau lui-même est presque une barrière. Ce qui laisse passer la vapeur, ce sont les joints ciment et le lit de mortier-colle, c'est-à-dire une faible part de la surface. Un carrelage grès cérame à joints ciment sur une dalle humide n'est donc pas un sol ouvert : c'est un sol lent. Il tolère mieux qu'un autre parce qu'il ne se dégrade pas au contact de l'eau et parce qu'il laisse une échappatoire, mais il freine l'évaporation et il en renvoie une part ailleurs.

Les carrelages réellement ouverts sont les terres cuites, les tomettes anciennes, certaines pierres calcaires, à condition d'être posés et jointoyés avec des mortiers de chaux et non collés à la colle époxy avec des joints hydrofuges. Ce sont eux qui, dans le bâti ancien, ont laissé les sols vivre pendant des siècles sans faire remonter les murs. Ils ont un prix : ils marquent, ils tachent, ils demandent un entretien, et ils sont froids si rien ne les isole.

Deux désordres guettent un carrelage collé sur support trop humide. Le décollement d'abord : le mortier-colle prend mal sur un support saturé, et la dalle qui continue de sécher travaille sous le carrelage. Les efflorescences ensuite : l'eau qui traverse les joints y dépose des sels, blanchit les joints, les fait gonfler puis s'effriter — la même chimie que celle décrite pour les sels hygroscopiques qui font suivre les saisons au mur.

La natte de désolidarisation : ce qu'elle règle, ce qu'elle ne règle pas

La natte de désolidarisation est une membrane structurée, à alvéoles ou à canaux, collée sur le support ; le carrelage se colle dessus. Elle a deux fonctions réelles. Elle découple mécaniquement le carrelage du support : si la dalle fissure ou travaille, le carrelage ne suit pas. Et son réseau d'alvéoles ouvertes permet à la vapeur résiduelle de circuler latéralement, au lieu de s'accumuler ponctuellement sous chaque carreau.

Cette seconde fonction n'existe que si la vapeur a une sortie. Le réseau doit déboucher en périphérie de la pièce, dans un joint laissé ouvert ou une plinthe non jointoyée en pied. S'il est enfermé entre une dalle humide, une colle étanche et un pourtour scellé au silicone, il devient une chambre close, et il ne fait plus que retarder l'échéance.

La natte est donc l'outil d'un cas précis : une dalle jeune qui finit de sécher, ou un support hétérogène. Elle n'est pas une réponse à une remontée capillaire permanente. Sur un terre-plein sans coupure, elle déplace le problème comme le ferait n'importe quelle barrière, avec le pied de mur pour destination.

Parquet et stratifié : le bois ne pardonne pas

Le bois est le matériau le plus sensible du lot, parce qu'il ne se contente pas de se décoller : il change de dimension.

Massif collé, contrecollé, flottant, stratifié

Le parquet massif collé demande le support le plus sec de tous. La colle prend mal sur un béton chargé, et le bois qui absorbe par sa sous-face se dilate en largeur : les lames se creusent en gouttière, les rives se soulèvent, les joints s'ouvrent en séchant l'été. Le désordre est irréversible : un parquet tuilé ne redevient pas plat.

Le contrecollé est plus stable dimensionnellement grâce à son âme croisée, mais son placage supérieur reste du bois et son âme reste sensible ; collé sur une dalle humide, il se décolle ou délamine.

Le flottant, posé libre sur une sous-couche, échappe à la question de la colle mais pas à celle de l'eau. La sous-couche comporte presque toujours un film pare-vapeur, qui joue exactement le rôle d'une barrière : l'eau s'accumule dessous, la sous-couche moisit en face inférieure, et l'odeur précède de loin la déformation visible. Un flottant sur une dalle humide, ce n'est pas un parquet qui respire : c'est un parquet posé sur un piège à eau.

Le stratifié est le plus fragile de tous. Son âme est un panneau de fibres compressées : au contact d'une humidité durable, elle gonfle en épaisseur, de façon irréversible, et le gonflement se voit d'abord aux joints et aux rives, qui se soulèvent et s'écaillent. Aucun traitement de surface n'y change rien puisque l'eau arrive par en dessous et par la tranche.

Un sol bois ne se pose donc que sur un support dont l'humidité a été mesurée, jamais estimée. Et lorsque le plancher est en bois d'origine, posé sur lambourdes au-dessus d'un vide, la question devient celle de la ventilation de ce vide plutôt que celle du revêtement — un vide fermé transforme le plancher en couvercle, un vide ventilé le laisse sécher.

Sols souples et résines : les barrières franches

Les revêtements en PVC, en vinyle, les lés de linoléum, les dalles LVT collées et les résines de sol sont, du point de vue de la vapeur, des barrières quasi totales. Sur un support sec, c'est leur qualité. Sur un support humide, c'est leur condamnation.

Le mécanisme se déroule toujours dans le même ordre. L'eau qui monte dans la dalle ne peut plus s'évaporer : elle s'accumule à l'interface. L'eau dissout l'alcalinité du ciment, et cette solution basique attaque la colle, qui perd sa cohésion, redevient poisseuse et prend une odeur caractéristique. Le revêtement se décolle par plaques, se boursoufle, marque au moindre meuble. Sous une résine, la vapeur bloquée exerce une pression sous le film : il apparaît des cloques, puis des écailles, puis une pelure qui se soulève à l'ongle.

Le linoléum véritable, à dos de jute, est en outre sensible à l'alcalinité par lui-même. Une dalle LVT clipsée, posée flottante, évite la question de la colle mais reste une barrière : elle enferme, elle aussi.

Il faut ajouter une conséquence sanitaire. Sous un revêtement étanche posé sur un support humide, la condensation permanente et les résidus organiques de la colle forment un milieu favorable aux moisissures. On ne les voit pas, on les sent : une odeur de cave dans une pièce dont le sol paraît neuf est un symptôme, pas une impression. Une pièce qui sent la cave alors que tout y est neuf demande qu'on regarde sous le revêtement, pas au plafond.

L'erreur centrale : un sol étanche renvoie l'eau dans les murs

C'est le point à retenir avant tout autre. Dans une maison ancienne sur terre-plein, l'eau du sol s'évapore par toutes les surfaces disponibles. Le sol représente la plus grande d'entre elles. Tant qu'il est ouvert — terre battue, tomettes à la chaux, carreaux anciens —, il assure l'essentiel de l'évaporation, et le pied des murs reste dans un régime qu'il supporte.

Rendre ce sol étanche ne diminue pas d'un litre l'eau qui arrive du terrain. Cela supprime seulement la principale voie de sortie. Le même flux doit alors passer par ce qui reste : le pied des murs, sur une surface bien plus petite. La conséquence est mécanique, et toujours la même. La bande humide monte plus haut qu'avant. Les sels, qui se déposaient sur le sol et qu'on balayait, se déposent maintenant dans la maçonnerie et fleurissent en salpêtre. Les enduits intérieurs cloquent, le plâtre devient pulvérulent, les plinthes noircissent, la peinture pèle en pied de cloison.

Le délai est traître. Il faut souvent un ou deux hivers pour que le désordre devienne visible, si bien que personne ne fait le lien avec la pose du sol. Le propriétaire conclut à une aggravation spontanée et cherche un traitement des murs, alors que la cause est sous ses pieds. La même logique de report vaut pour toutes les barrières que l'on ajoute à un bâti humide, et elle est développée dans le cuvelage ne supprime pas l'eau : il la déplace, qui décrit le même report d'un plan étanche vers le reste du bâti.

Il y a un corollaire pratique. Si l'on doit malgré tout fermer le sol, il ne faut pas fermer les murs en même temps. Un sol étanche avec des murs restés perméables et ventilés est un compromis désagréable mais gérable. Un sol étanche avec des murs doublés, isolés et recouverts d'un pare-vapeur ferme la dernière issue : l'eau reste alors dans la maçonnerie, et c'est là que commencent les cloques derrière le doublage, le plâtre qui s'effrite et le papier peint qui se décolle.

Poser quand même : ce qui limite les dégâts

Il arrive qu'on ne puisse ni attendre ni refaire le plancher bas. Quelques dispositions changent alors beaucoup, sans rien promettre.

  • Garder la périphérie ouverte. Le joint entre le revêtement et le mur ne se comble ni au ciment ni au silicone ; la plinthe se pose sans être collée en pied, avec un jeu qui laisse l'air circuler. C'est par là que sortira le peu qui peut sortir.
  • Choisir le revêtement le plus ouvert que le confort permet, et le poser avec des mortiers et des joints qui le sont aussi. Une terre cuite jointoyée à la chaux ne se comporte pas comme la même terre cuite collée à l'époxy.
  • Ne pas cumuler les barrières. Sol étanche plus doublage étanche plus enduit ciment en soubassement : chaque couche prise isolément paraît raisonnable, l'ensemble condamne le mur.
  • Ventiler la pièce en permanence, pas par à-coups. L'évaporation ne dépend pas seulement du support : un air déjà chargé ne prend plus rien, et une pièce fermée sur un sol humide sature vite.
  • Écrire la mesure au devis. La méthode employée, la valeur relevée, le seuil admis par le fabricant de la colle, la date. Sans cela, un décollement à deux ans donnera lieu à une discussion sans arbitre : le poseur dira que le support n'était pas de sa responsabilité, et rien ne prouvera le contraire. Ces quatre lignes tiennent en deux phrases sur un devis, et elles valent tout le reste du document le jour d'un litige.

Reste la solution lourde, qui est aussi la seule vraie quand le terre-plein est en cause : déposer le plancher bas et le refaire avec un hérisson drainant et ventilé, une coupure de capillarité continue, une désolidarisation périphérique du mur. C'est un chantier de gros œuvre, avec décaissement, et il ne se décide pas sur la foi d'un carré de plastique. Mais c'est le seul qui rende ensuite le choix du revêtement libre.

Questions fréquentes

Le test du film plastique suffit-il pour décider ?

Il suffit pour dire non, jamais pour dire oui. S'il y a de la buée sous le film, la question est réglée : on ne pose rien d'étanche. S'il n'y en a pas, il indique seulement que le support n'est pas en train de dégorger au moment du test, dans les conditions du test. Avant un parquet collé, une résine ou un sol souple, il faut la mesure quantitative faite dans l'épaisseur.

Une dalle ancienne peut-elle sécher si je la laisse nue plusieurs mois ?

Si elle repose sur un terrain sans coupure de capillarité, non. Elle s'éclaircira peut-être en surface l'été, et redeviendra sombre à la première saison humide. Ce comportement saisonnier est précisément le signe qu'il ne s'agit pas d'un séchage mais d'un équilibre : la dalle prend autant qu'elle rend. Attendre ne fait alors que retarder la décision.

Un carrelage peut-il se décoller à cause de l'humidité du support ?

Oui, par deux chemins. Le mortier-colle appliqué sur un support saturé n'accroche pas correctement au départ. Et une dalle qui continue de sécher se rétracte sous un carrelage qui, lui, ne bouge pas : la contrainte se lit d'abord aux joints, puis en sonorité creuse. Sur les supports jeunes ou incertains, c'est le rôle exact de la natte de désolidarisation.

Faut-il enlever l'ancien carrelage avant de poser autre chose ?

Le laisser en place, c'est ajouter une couche de plus entre le support et la pièce, donc ralentir encore l'évaporation. Sur un sol sec, c'est un choix de commodité défendable. Sur un sol humide, c'est un aggravant, et cela empêche toute mesure du support. Il vaut mieux déposer, contrôler le béton nu, décider ensuite.

Un ragréage règle-t-il le problème ?

Non, et il en ajoute un. Un ragréage sert à rattraper une planéité, pas une humidité : c'est un mortier mince, qui apporte de l'eau au moment de sa mise en œuvre et qui doit sécher à son tour avant toute pose. Il existe des primaires dits bloqueurs d'humidité, employés en travaux neufs sur des supports dont l'humidité résiduelle est connue et mesurée. Appliqués sur une remontée capillaire permanente, ils font ce que fait toute barrière : ils tiennent un temps, puis l'eau ressort ailleurs, au pied des murs.

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