Extérieur
L'eau qui vient d'en haut : toiture, seuils et appuis mal rejetés
Gouttières, descentes, larmiers, appuis de fenêtre : une bonne part des pieds de mur trempés le sont par de l'eau qui n'a jamais touché le sol.

Quand un pied de mur est trempé, on regarde le sol. C'est logique et c'est souvent insuffisant. Une part considérable de l'eau qui charge une maçonnerie basse est tombée sur le toit, a été mal collectée, mal conduite ou mal rejetée, et n'a jamais traversé le terrain avant d'arriver là.
Le trajet de l'eau, de la couverture au sol
Une maison est un dispositif de collecte. La pluie tombe sur une surface inclinée, elle descend jusqu'à un bord, elle est reçue par un ouvrage de collecte, conduite par un ouvrage vertical, puis rendue au terrain ou à un réseau, à distance du bâtiment.
Ce trajet comporte une quinzaine de points de rupture possibles. Il suffit qu'un seul cède pour que la totalité de l'eau d'un versant se retrouve concentrée en un point unique, au pied d'un mur. C'est la caractéristique de ce type de désordre : il ne répartit pas, il concentre.
Un mur exposé à la pluie battante reçoit de l'eau sur toute sa surface, une fraction pénètre, le reste ruisselle et sèche. Un mur qui reçoit la descente d'un versant entier reçoit, en un point, un volume sans commune mesure. C'est pourquoi ces défauts produisent des désordres localisés, intenses, et souvent spectaculaires, là où une remontée capillaire produit une frange régulière.
Le débord de toiture
Tout commence par le débord. Un toit qui déborde franchement protège sa façade : la goutte tombe à distance du mur, le rejaillissement se produit loin du soubassement, et le haut de la façade reste à l'abri des pluies obliques.
Un débord insuffisant, ou supprimé lors d'une réfection, laisse la façade entièrement exposée. Sur les pignons, c'est fréquent : la rive est souvent traitée au plus court, et le mur de pignon reçoit tout.
Une rive sans about, c'est à dire sans élément terminal correctement rejeté, laisse l'eau contourner le bord de la couverture et revenir en sous-face, où elle chemine vers le mur au lieu de tomber. Le même défaut se retrouve à la jonction entre deux pans, en bas d'une croupe, et au droit des débords rapportés lors d'une extension.
La gouttière : section, pente et fixation
Une gouttière sous-dimensionnée fonctionne parfaitement neuf mois sur douze et déborde lors des averses intenses. Comme ces averses sont brèves, personne ne les observe. On voit le résultat au sol, pas la cause en l'air.
Une gouttière à contre-pente, ou sans pente du tout, conserve une lame d'eau en permanence. Cette eau stagnante accélère la corrosion, favorise les dépôts, et transforme le chéneau en bac à sédiments où pousse une petite végétation. Le débordement se produit alors au point bas de la déformation, toujours au même endroit, ce qui trace sur le mur une coulée verticale caractéristique.
Les fixations comptent autant que la pente. Une gouttière dont les crochets ont cédé présente un ventre. Ce ventre déborde par l'arrière, entre la gouttière et la façade, et l'eau descend directement le long du mur sans jamais être visible depuis le sol.
Les débordements par l'arrière sont la variante la plus sournoise de ce chapitre. Ils ne se voient pas, ils ne s'entendent pas, et ils déversent au plus mauvais endroit : contre le mur, en tête, sur toute la hauteur de la façade.
Les joints, la corrosion et les raccords
Les gouttières assemblées comportent des joints. Ces joints vieillissent, se rétractent, se décollent, et laissent passer un filet permanent pendant chaque pluie.
Un filet permanent au même point produit, sur des années, un enduit décollé, une pierre délitée, une mousse verticale nette, et un pied de mur constamment humide sous ce point. Le volume est faible mais la répétition est totale.
Les raccords d'angle et les jonctions avec la naissance de descente sont les points les plus fréquemment défaillants, parce qu'ils cumulent la sollicitation mécanique et la turbulence de l'eau.
Les feuilles, la crapaudine et l'entretien
Une gouttière obstruée ne déborde pas seulement : elle se remplit, prend du poids, déforme ses supports et finit par déverser en continu.
La crapaudine, cette grille en entrée de descente, est un petit ouvrage à effet disproportionné. Absente, elle laisse les feuilles engorger la descente, qui se bouche en partie basse ou dans un coude, et la gouttière déborde en amont. Présente mais jamais nettoyée, elle se transforme en bouchon.
Le cas des maisons entourées d'arbres à feuilles caduques est particulier : la saison critique est l'automne, exactement au moment où les pluies reprennent. Le calendrier d'entretien doit donc placer le nettoyage avant la chute des feuilles et une seconde fois après, pas au printemps.
La descente, le dauphin et le rejet
La descente conduit l'eau du haut au bas. Son extrémité décide de tout.
Un dauphin — l'élément rigide en pied de descente — protège la partie la plus exposée aux chocs et assure le raccordement au réseau. Quand il manque, la descente se termine en tube fragile, souvent fendu, souvent désaligné, parfois simplement arrêté au-dessus du sol.
Une descente qui rejette librement au pied du mur est le défaut le plus courant et le plus lourd de conséquences. Elle concentre l'eau d'un pan entier de toiture sur quelques décimètres carrés de terrain, contre la maçonnerie, plusieurs dizaines de fois par an. Le terrain sature, l'eau descend le long de la fondation, et le mur se charge par le bas sur toute cette zone.
Le symptôme est trompeur : il ressemble à une remontée capillaire, avec une frange humide régulière, et il est régulièrement traité comme telle. Ce qui le distingue est sa géographie. La frange est plus haute et plus marquée à proximité de la descente, et elle s'atténue en s'en éloignant. Une remontée d'origine capillaire, elle, ne connaît pas la position des descentes.
Une descente qui déverse contre le mur sans même atteindre le sol produit un autre tableau : une salissure verticale large sur le soubassement, un enduit décollé en plaques, et une colonisation biologique dense sur cette bande précise.
Le regard, le réseau et ce qui se passe sous terre
Sous le dauphin commence la partie invisible, et c'est celle qui est le moins souvent vérifiée.
- Le regard bouché. Feuilles, terre, sable de couverture : un regard se comble lentement. Une fois plein, il refoule, et le refoulement se produit contre la fondation, sans rien montrer en surface.
- Le raccordement du dauphin au réseau. C'est le maillon faible. Un emboîtement ancien, désaligné par un tassement, laisse partir l'eau dans le remblai.
- Le réseau raccordé n'importe où. Sur beaucoup de maisons, les eaux pluviales ont été branchées au fil des décennies : sur un ancien puits perdu, sur une canalisation d'eaux usées, sur un tronçon dont plus personne ne connaît l'aboutissement. Une partie du réseau peut être rompue depuis longtemps sans que rien ne le signale.
- Le puisard ou puits d'infiltration saturé. Il ne prend plus, il refoule, et il maintient en permanence un volume de terrain saturé à proximité du bâtiment.
- Le trop-plein. Certains dispositifs comportent une surverse. Si elle est mal placée, elle rend l'eau exactement là où il ne fallait pas.
La vérification est simple et rarement faite : versez de l'eau en quantité franche dans la gouttière ou par une trappe de descente, et allez regarder ce qui arrive au regard aval. Si le débit n'arrive pas, ou arrive en retard et affaibli, l'eau part en chemin. Elle part dans le terrain, contre la maison.
Noues, chéneaux encaissés et points singuliers de couverture
Certaines configurations de toiture concentrent l'eau avant même la gouttière.
Une noue reçoit deux versants et transporte un débit important sur une largeur faible. Une noue mal formée, encombrée ou dont le relevé est insuffisant déborde latéralement, et l'eau entre sous la couverture.
Un chéneau encaissé, logé dans l'épaisseur du mur ou derrière un acrotère, présente un risque supérieur à une gouttière pendante, pour une raison simple : quand il déborde ou fuit, il déverse à l'intérieur de la structure, dans la maçonnerie, et non à l'air libre. Un chéneau encaissé défaillant peut charger un mur pendant des années sans qu'aucune trace n'apparaisse en façade avant que le désordre ne soit important.
Les solins de souche de cheminée sont un autre classique. Le raccord entre une maçonnerie verticale et une couverture inclinée est un point difficile ; un solin décollé, fissuré ou simplement rebouché au mortier laisse l'eau entrer et descendre à l'intérieur du conduit ou le long de la maçonnerie. La trace apparaît souvent très loin du point d'entrée, parfois plusieurs niveaux plus bas.
Les raccords de lucarne cumulent tous ces problèmes : joues verticales, noues latérales, petite couverture, jonctions multiples. Une lucarne mal raccordée alimente le mur qui la porte.
Enfin, l'entrée d'eau derrière un bandeau ou une corniche est fréquente sur le bâti ancien. L'élément saillant a été conçu pour rejeter, mais son dessus s'est fissuré, sa jonction avec la façade s'est ouverte, ou un ravalement l'a rendu absorbant. L'eau entre par le dessus et chemine dans l'épaisseur du mur.
Le rejet au sol : où va l'eau une fois rendue
Rendre l'eau au terrain n'est pas la même chose que la déverser.
- Le caniveau ou la cunette au pied de la descente conduit l'eau vers un point d'évacuation, à distance. Simple, visible, entretenable.
- La pierrée, tranchée drainante remplie de pierres, disperse l'eau dans le terrain à l'écart du bâtiment. Elle demande une pente et un volume suffisant, et elle se colmate si elle n'est pas séparée de la terre.
- Le puits d'infiltration, quand le terrain accepte réellement l'eau. Sur un sol argileux, il ne fait que constituer une réserve.
- L'éloignement simple. Prolonger un rejet de quelques mètres avec une gargouille ou un tuyau de surface, vers un point bas du jardin, est le geste le moins cher et le plus efficace de tout ce chapitre.
Deux erreurs annulent tout ce qui précède. La première est la pente du terrain : si le sol revient vers la maison, l'eau rejetée à distance repart vers elle. La seconde est la terre remontée contre le mur, qui met en contact direct la maçonnerie et un terrain saturé, et qui rend inopérant tout ce que l'on a fait au-dessus.
Les terrasses et les margelles méritent une mention à part. Une terrasse coulée contre une façade collecte une surface importante. Si sa pente est nulle, ou si elle s'est inversée avec le tassement, elle conduit toute cette eau vers le mur. Une margelle sans rejet, un dallage sans écoulement, un perron dont le dessus pend vers la porte produisent le même effet à plus petite échelle mais au plus mauvais endroit.
Les appuis de fenêtre : anatomie d'un ouvrage correct
On arrive au chapitre le plus négligé, et probablement au plus rentable.
Un appui de fenêtre a une seule fonction : recevoir l'eau qui ruisselle sur la vitre et sur le dormant, puis la rejeter à distance de la façade. Ce n'est pas un élément décoratif, c'est un ouvrage d'évacuation.
Pour remplir cette fonction, il lui faut quatre caractéristiques, et il les faut toutes les quatre.
- Une pente vers l'extérieur, franche, sur toute sa largeur. Un appui plat retient. Un appui contre-pente conduit l'eau vers la menuiserie.
- Un débord, c'est à dire une saillie par rapport au nu de la façade. Sans saillie, la goutte tombe sur le mur.
- Un larmier, la rainure creusée en sous-face du bord avant. Sa fonction est physique : elle rompt la continuité de la surface et empêche la goutte de revenir en sous-face par capillarité. Sans larmier, l'eau contourne le bord, chemine sous l'appui, rejoint la façade et descend.
- Des joues retournées ou un rejingot latéral, pour que l'eau ne s'échappe pas par les côtés dans le tableau de la fenêtre.
Un appui qui possède les quatre rejette. Un appui à qui il en manque une seule alimente la façade sous chaque fenêtre, à chaque pluie, pendant toute la vie du bâtiment.
Ce qui tue un larmier
Le larmier est une rainure de quelques millimètres. Il suffit de très peu pour l'anéantir.
La peinture. Repeindre une façade ou un appui au rouleau, en insistant sous le bord, comble la rainure. Elle est invisible d'en bas, et personne ne pense à la vérifier après travaux.
L'enduit. C'est la cause la plus fréquente. Lors d'un ravalement, l'enduit est ramené sous l'appui, la gorge se remplit, et l'ouvrage perd sa fonction le jour même où la façade est refaite à neuf. Les coulures apparaissent la première année, et l'on accuse la qualité de l'enduit.
Un joint d'étanchéité mal placé entre l'appui et le mur, appliqué en sous-face plutôt qu'en dessus, qui referme le décollement nécessaire.
Un rebouchage d'une fissure, d'un éclat, d'un scellement, réalisé au mortier sans reconstituer la gorge.
Le test se fait à la main, pas à l'oeil : passez le doigt en sous-face du bord avant de l'appui, sur toute sa longueur. Vous devez sentir une rainure continue. Si le doigt glisse sur une surface pleine, l'appui ne rejette rien.
Les joues, les tableaux et les remplacements de menuiserie
Les côtés d'un appui sont aussi importants que son bord avant.
Un appui doit se prolonger de part et d'autre du tableau, et présenter un relevé latéral ou une pente qui empêche l'eau de partir sur le côté. Quand les joues ne sont pas retournées, l'eau s'échappe latéralement, entre dans le tableau, et descend dans l'épaisseur du mur au lieu de tomber devant lui. Cette eau-là ne se voit jamais en façade et se retrouve, plusieurs mètres plus bas, en pied de mur.
Le remplacement des menuiseries mérite une vigilance particulière, parce que c'est un chantier fréquent et parce qu'il touche à cet ouvrage sans que ce soit son objet.
Lors d'une pose sur dormant existant ou d'un changement complet, il arrive que l'appui ancien soit recouvert par une bavette rapportée. Cette bavette peut être correcte, avec pente, débord, larmier et relevés latéraux. Elle peut aussi être coupée trop court, posée sans pente, arrêtée au nu de la façade, ou scellée avec un cordon continu qui supprime le décollement. Dans ce dernier cas, la maison vient de perdre le rejet d'eau de chacune de ses fenêtres.
Le signe est daté et facile à établir : des coulures apparues sous les fenêtres dans les saisons qui ont suivi le changement de menuiseries. Quand la chronologie est celle-là, la cause est trouvée.
Seuils, bandeaux, couronnements et têtes de mur
Le même raisonnement s'applique à tous les éléments horizontaux d'une façade.
Les seuils de porte. Un seuil au même niveau qu'une terrasse, sans relevé ni pente, constitue une entrée d'eau directe vers l'intérieur et vers le pied de cloison. C'est une configuration devenue courante avec la recherche de continuité entre intérieur et extérieur, et c'est un des désordres les plus fréquents des constructions récentes. Une terrasse qui ne s'écoule pas assez vite pendant une averse intense fait lame d'eau jusqu'au seuil.
Les bandeaux et corniches. Un bandeau saillant sans pente et sans larmier est un collecteur greffé sur la façade : il reçoit l'eau, la retient, la laisse pénétrer par sa face supérieure, et la rend au mur. Sur beaucoup de maisons anciennes, le bandeau d'origine était en pierre correctement taillée, avec pente et gorge ; un ravalement l'a noyé dans l'enduit et l'a transformé en éponge horizontale.
Les couronnements de mur et les têtes de mur de clôture. Un mur non couvert prend l'eau par le haut sur toute sa longueur. Tant qu'il est isolé au milieu d'un jardin, c'est son affaire. Dès qu'il vient buter contre la maison, il devient un conduit : l'eau qu'il absorbe chemine vers le point de contact et charge le mur du bâtiment. Une couvertine avec débord et larmier des deux côtés règle la question définitivement.
Les balcons et perrons. Une dalle de balcon sans pente, sans larmier en sous-face, avec un relevé d'étanchéité insuffisant contre la façade, envoie son eau dans le mur porteur et dans sa propre épaisseur. Les perrons et marches d'entrée, souvent contre-pentés vers la porte après tassement, envoient la leur directement au seuil.
Le mécanisme des coulures et des auréoles
Comprendre ce que l'on voit suppose de savoir comment se forme une trace.
Une goutte qui arrive au bord d'une surface horizontale a le choix entre tomber et contourner. Elle contourne si la tension superficielle la retient, ce qui est le cas sur une arête franche et lisse, et davantage encore sur une surface rugueuse et absorbante. Une fois passée en sous-face, elle chemine horizontalement jusqu'à rencontrer un obstacle — la façade — puis elle descend.
Elle descend alors non pas sur toute la largeur, mais en filets, selon les irrégularités du support. Ces filets sont réguliers dans le temps : ils empruntent le même chemin à chaque pluie. Ils déposent les particules qu'ils transportent, lessivent le support à certains endroits, l'encrassent à d'autres, et laissent une signature verticale parfaitement lisible.
L'auréole sous appui, en forme de V inversé ou de coulée élargissante, résulte de la combinaison des deux : eau qui contourne le bord et eau qui s'échappe par les joues. C'est le dessin le plus reconnaissable de toute la façade.
La lecture des traces
Une façade se lit comme un relevé. Chaque type de trace correspond à une famille de causes, et cette lecture précède toute mesure.
- Une salissure verticale nette, étroite, partant d'un point haut identifiable. Fuite ponctuelle : joint de gouttière, raccord de descente, débordement récurrent au même endroit. La cause est directement au-dessus.
- Une coulée verticale sous chaque fenêtre, de largeur comparable. Défaut systématique d'appui : pente, débord ou larmier. Le caractère répétitif sur toutes les ouvertures est la signature.
- Un halo ou une auréole diffuse sous un appui, plus foncé au centre, sans salissure nette. Cheminement en sous-face, larmier bouché.
- Une mousse localisée en bande verticale, alors que le reste de la façade est propre. L'eau passe là en permanence. La mousse ne fait que révéler le chemin.
- Un enduit décollé en plaques sous une gouttière, avec le support à nu. Débordement répété, souvent par l'arrière de la gouttière.
- Une bande humide basse plus marquée à proximité d'une descente. Rejet au pied du mur, à ne pas confondre avec une remontée.
- Une trace haute sur un pignon, sans rapport avec le sol. Rive, about, solin, raccord de lucarne.
- Une salissure horizontale sous un bandeau, régulière sur toute sa longueur. Élément saillant sans rejet.
La règle générale est simple : une trace verticale désigne un point d'entrée situé au-dessus d'elle ; une trace horizontale désigne un ouvrage horizontal ; une trace diffuse et basse désigne le sol. Cette grille écarte à elle seule une grande part des diagnostics erronés.
Comment vérifier : sous la pluie battante
Aucune méthode ne vaut l'observation directe pendant une pluie forte et prolongée.
Habillez-vous, sortez, et faites le tour lentement. Ne cherchez pas ce qui devrait se passer : regardez ce qui se passe.
- Chaque gouttière prend-elle réellement l'eau du versant, ou une partie passe-t-elle par-dessus le bord avant ?
- Y a-t-il un débordement, et où précisément ? Le point de débordement est presque toujours unique et toujours le même.
- Voit-on de l'eau descendre entre la gouttière et le mur ? Il faut regarder de côté, pas de face.
- Chaque descente coule-t-elle en plein, ou une partie fuit-elle latéralement à un raccord ?
- Où l'eau arrive-t-elle au sol ? Se forme-t-il une flaque contre le mur ?
- Les terrasses évacuent-elles, ou fait-il lame d'eau vers la maison ?
- Y a-t-il des filets qui descendent sous les appuis de fenêtre ?
Revenez une heure après la fin de la pluie, puis le lendemain. Ce qui a séché ne compte pas. Ce qui reste mouillé désigne un endroit où l'eau s'accumule ou stagne.
L'arrosage dirigé
Toutes les pluies ne se commandent pas, et certaines vérifications demandent d'être répétées. L'arrosage permet de reproduire l'événement de façon ciblée.
Le principe : appliquer de l'eau, sans pression excessive, sur une zone limitée, pendant une durée franche, et observer ailleurs. On ne cherche pas à mouiller la façade entière ; on cherche à établir un lien entre un point d'application et un point d'apparition.
La méthode qui donne des résultats exploitables tient en quelques règles.
- Une zone à la fois, en commençant par le bas et en remontant. Si l'on arrose d'emblée le haut, on mouille tout ce qui est en dessous et l'on ne peut plus rien conclure.
- Une durée suffisante. Une aspersion de quelques secondes ne prouve rien : un cheminement dans une maçonnerie demande du temps pour apparaître de l'autre côté.
- Un observateur à l'intérieur, ou à défaut des passages fréquents, avec une lampe.
- Un compte rendu écrit : heure de début, zone arrosée, heure et lieu d'apparition. Sans note, on mélange les essais.
- Une pression modérée. Un jet puissant fait entrer de l'eau là où aucune pluie n'en ferait entrer, et produit des conclusions fausses.
Cette vérification est particulièrement utile sur les appuis, les seuils, les raccords de lucarne et les jonctions d'extension, où le trajet est court et le résultat rapide.
L'inspection des combles et l'examen après un coup de vent d'ouest
Les combles sont le seul endroit où l'on voit l'envers de la couverture.
Une visite par temps sec, avec une lampe, permet de repérer les traces anciennes : coulures sur les chevrons, auréoles sur la maçonnerie de pignon, poussière lessivée en traînée, bois noirci autour d'un solin, corrosion d'une pointe. Ces marques sont durables et racontent des événements passés.
Une visite pendant ou juste après une pluie forte permet de voir l'eau en cours de trajet, ce que rien ne remplace. On regarde en particulier les entrées de noue, les abords de souche, les pieds de lucarne, les rives, et le contact entre la maçonnerie et la charpente.
Le coup de vent d'ouest a une valeur diagnostique propre. Dans cette région, les pluies les plus chargées arrivent avec un vent soutenu d'ouest ou de sud-ouest, et elles ne tombent pas verticalement : elles frappent obliquement. Une couverture parfaitement étanche à la pluie verticale peut laisser entrer l'eau sous cette sollicitation, par soulèvement des éléments, par les rives, par les abergements, par les orifices de ventilation mal orientés.
Sur le plateau du Neubourg, sans écran ni relief, ce régime est la règle plutôt que l'exception. Une maison peut ne rien montrer pendant des mois puis présenter une trace nette après un seul épisode venteux. Il faut donc examiner après ces épisodes-là, et pas seulement après les pluies calmes. Une inspection menée un lendemain de tempête vaut dix visites par temps sec.
La hiérarchie des corrections
Tout ce qui précède se corrige, mais pas au même coût ni avec le même effet. Voici l'ordre à suivre, du gratuit au lourd.
Gratuit ou presque, à effet immédiat.
- Nettoyer les gouttières et les crapaudines, avant l'automne et après.
- Dégager les regards, les grilles et les exutoires.
- Prolonger un rejet de descente pour éloigner l'eau du mur.
- Dégager la terre et la végétation accumulées contre le soubassement.
- Dégager un larmier obstrué par de la peinture ou par un enduit récent, à l'outil léger, sur la longueur de l'appui.
- Rétablir une pente de terrain sur une petite surface, à la pelle.
Peu coûteux, à effet durable.
- Reprendre un joint de gouttière ou un raccord de descente.
- Remettre une crapaudine, un dauphin, un about de rive.
- Reprendre les crochets d'une gouttière qui a pris du ventre.
- Poser une couvertine sur une tête de mur de clôture.
- Ajouter une bavette correcte, avec débord et larmier, sur un appui qui en manque.
- Créer un caniveau ou une cunette au pied d'une descente.
Engageant.
- Reprendre une gouttière complète, sa pente et sa section.
- Reprendre un chéneau encaissé ou une noue.
- Refaire un solin de souche ou un raccord de lucarne.
- Reprendre la pente d'une terrasse, ou créer une saignée drainante en limite.
- Reprendre ou remplacer un réseau d'eaux pluviales enterré.
À ne considérer qu'après.
- Tout traitement de maçonnerie, injection, enduit d'assainissement, drainage périphérique.
Cette hiérarchie n'est pas une préférence, c'est une méthode. Chaque étape franchie modifie le comportement du bâtiment, donc l'information disponible. Commencer par le bas de la liste revient à s'interdire de savoir ce que les gestes simples auraient suffi à régler.
Pourquoi ces défauts sont sous-estimés
Ils le sont pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la technique.
Ils ne se voient pas au moment où l'on regarde. Une visite de diagnostic se fait par temps sec, sur rendez-vous, à une heure ouvrable. Une gouttière qui déborde ne déborde qu'en pluie forte. Le défaut est donc absent de l'observation.
Ils sont en hauteur. Vérifier un chéneau, une rive, un solin suppose une échelle, un échafaudage, une nacelle, du temps et une prise de risque. L'examen au sol, lui, ne coûte rien. Le champ d'observation se limite donc à ce que l'on atteint.
Ils ne relèvent pas du même métier. Une entreprise de traitement de l'humidité vend des traitements de maçonnerie. Une gouttière relève de la couverture, un appui de la maçonnerie ou de la menuiserie. Chacun regarde ce qu'il sait faire, et personne ne regarde le trajet complet de l'eau.
Ils produisent des symptômes qui ressemblent à autre chose. Une descente qui rejette au pied du mur imite une remontée capillaire. Un chéneau encaissé qui fuit imite une infiltration latérale. Un appui sans larmier imite un enduit poreux. Le symptôme oriente vers le mauvais traitement.
Ils ne se facturent pas. Nettoyer une gouttière et rallonger un rejet ne constituent pas un chantier. Personne n'a intérêt commercial à ce que ce soit la réponse, alors que c'est très souvent la bonne.
Le résultat de cette convergence est un biais durable du secteur : le pied de mur est traité comme un problème de pied de mur, alors qu'il est très souvent un problème de toiture, d'appui ou de réseau.
Ce que la région montre
Sur le plateau du Neubourg, la plaine céréalière n'offre aucun obstacle au vent d'ouest. Les pluies battantes y sollicitent les façades exposées et surtout les rives, les débords et les points singuliers de couverture. Le désordre commence en haut bien plus souvent qu'ailleurs, et un examen limité au sol y manque l'essentiel.
Dans les bourgs anciens de Breteuil, de Damville et de Conches-en-Ouche, le bâti est serré, souvent aligné sur rue, avec des descentes anciennes rejetant sur le trottoir ou dans des réseaux dont plus personne n'a le plan. Les têtes de mur de clôture non couvertes, venant buter contre les pignons, y sont une cause fréquente et rarement identifiée. Le regard se porte sur la maçonnerie ancienne alors que c'est un ouvrage annexe qui alimente.
À Verneuil-sur-Avre et sur les bâtiments de grison du sud du département, la question des appuis et des bandeaux est particulièrement sensible. Les ravalements successifs ont souvent noyé les larmiers d'origine, et les coulures qui en résultent sont attribuées à la pierre elle-même, réputée gélive et absorbante, alors qu'elle a très bien tenu plusieurs siècles avec des rejets d'eau fonctionnels.
À Évreux et dans les quartiers reconstruits, la difficulté est autre. Les ensembles bâtis d'un seul tenant partagent leurs réseaux d'eaux pluviales, et une obstruction ou une rupture affecte plusieurs bâtiments à la fois. Le désordre paraît alors venir du bâtiment lui-même, alors qu'il vient d'un ouvrage commun. Avant tout devis, il vaut la peine de savoir où va l'eau au-delà de la limite de propriété.
Le récapitulatif, en une page
- Le débord de toiture protège-t-il la façade, y compris en pignon ?
- Les rives et abouts rejettent-ils, ou l'eau contourne-t-elle en sous-face ?
- La gouttière a-t-elle une pente régulière, une section suffisante, des crochets sains ?
- Déborde-t-elle quelque part, et notamment par l'arrière ?
- Les joints, les raccords et la naissance de descente sont-ils étanches ?
- La crapaudine est-elle en place et dégagée ?
- Chaque descente est-elle continue, avec un dauphin, jusqu'à un réseau ou un rejet éloigné ?
- Le regard aval reçoit-il réellement l'eau que vous y envoyez ?
- Les noues, chéneaux encaissés, solins de souche et raccords de lucarne sont-ils sains ?
- Les bandeaux et corniches rejettent-ils, ou absorbent-ils ?
- Chaque appui de fenêtre a-t-il pente, débord, larmier continu et joues retournées ?
- Le larmier a-t-il survécu au dernier ravalement et au dernier changement de menuiseries ?
- Les seuils de porte sont-ils au-dessus du niveau de la terrasse, avec un écoulement ?
- Les têtes de mur de clôture sont-elles couvertes, surtout à leur jonction avec la maison ?
- Les balcons et perrons rejettent-ils loin de la façade ?
- Le terrain s'éloigne-t-il de la maison sur toute la périphérie ?
Seize lignes. Elles se vérifient en une matinée de pluie et une matinée de beau temps, et elles expliquent, à elles seules, une part considérable des pieds de mur humides.
L'eau qui abîme un pied de mur n'est pas toujours montée du sol. Très souvent, elle est descendue du toit, en un point précis, et personne n'a levé les yeux.
Une dernière remarque, qui vaut méthode. Quand vous constatez un désordre en partie basse, commencez par remonter verticalement à partir de la trace, jusqu'à la couverture, en examinant tout ce qui se trouve sur cette ligne : appui, bandeau, descente, joint, rive, entrée de noue. L'eau ne se déplace pas latéralement sans raison. Ce qui alimente une tache se trouve, dans la grande majorité des cas, exactement au-dessus d'elle.